VERGES.—Allons, voisin Dogberry, donnez-leur la consigne.
DOGBERRY.—D'abord, qui croyez-vous le plus incapable[29] d'être constable?
Note 29:[ (retour) ] Dogberry, peu au fait de la valeur des termes, fait mille contre-sens en employant un mot pour l'autre. On devine facilement l'intention du poëte.
PREMIER GARDIEN.—Hugues d'Avoine, ou Georges Charbon, car ils savent tous deux lire et écrire.
DOGBERRY.—Venez ici, voisin Charbon; Dieu vous a favorisé d'un beau nom. Être homme de bonne mine, c'est un don de la fortune. Mais le don d'écrire et de lire nous vient par nature.
SECOND GARDIEN.—Et ces deux choses, monsieur le constable...
DOGBERRY.—Vous les possédez; je savais que ce serait là votre réponse. Allons, quant à votre bonne mine, ami, rendez-en grâce à Dieu et n'en tirez point vanité; et à l'égard de votre talent de lire et d'écrire, faites-le paraître quand on n'aura pas besoin de cette vanité. Vous êtes ici réputé l'homme le plus insensé et capable d'être constable, c'est pourquoi vous porterez le fallot; c'est là votre emploi. Appréhendez au corps tous les vagabonds. Vous devez ordonner à tout passant de s'arrêter au nom du prince.
SECOND GARDIEN.—Et s'il ne veut pas s'arrêter?
DOGBERRY.—Alors ne prenez pas garde à lui et laissez-le passer. Sur-le-champ appelez à vous tout le reste de la patrouille, et remerciez Dieu d'être délivré d'un coquin.
VERGES.—S'il refuse de s'arrêter quand on lui ordonne, il n'est pas un sujet du prince.