VERGES.—Assez, mon cher collègue, vous avez toujours été réputé pour un homme miséricordieux.
DOGBERRY.—En vérité je ne voudrais pas être cause de la pendaison d'un chien, bien moins d'un homme qui possède l'honnêteté.
VERGES.—Si vous entendez un enfant crier dans la nuit, vous devez appeler la nourrice et lui commander de le faire taire.
SECOND GARDIEN.—Et si la nourrice est endormie et ne veut pas nous entendre?
DOGBERRY.—Alors allez-vous en paisiblement et laissez l'enfant l'éveiller lui-même par ses cris; car la brebis qui n'entend pas son agneau quand il mugit ne répondra pas aux bêlements du veau.
VERGES.—C'est la vérité.
DOGBERRY.—Voilà toute votre consigne. Vous, constable, vous devez représenter la personne du prince. Si vous rencontrez le prince dans la nuit, vous pouvez l'arrêter.
VERGES.—Non, par Notre-Dame; quant à cela je ne crois pas qu'il le puisse.
DOGBERRY.—Je gage cinq shillings contre un, avec tout homme qui connaît les statues[31], qu'il peut l'arrêter. Non pas, à la vérité, sans que le prince y consente; car le guet ne doit offenser personne, et c'est faire offense à un homme que de l'arrêter contre sa volonté.
Note 31:[ (retour) ]
Voici quelques-uns des statuts du guet ridiculisés ici par Shakspeare:
«Personne ne sifflera passé neuf heures du soir.
«Personne n'ira masqué la nuit passé neuf heures du soir.
«Nul homme à marteau, forgeron, serrurier, ne travaillera passé neuf heures du soir.
«Nul homme ne donnera l'alarme passé neuf heures du soir en battant sa femme, sa servante ou son chien, sous peine de trois shillings d'amende.»