ORLANDO.—Seigneur, la première fois que je l'ai vu, j'ai cru que c'était un frère de votre fille: mais, mon digne seigneur, ce jeune homme est né dans ces bois; il a été instruit dans les éléments de beaucoup de sciences dangereuses, par son oncle, qu'il nous donne pour être un grand magicien caché dans l'enceinte de cette forêt.
(Entrent Touchstone et Audrey.)
JACQUES.—Il y a sûrement un second déluge en l'air: et ces couples viennent se rendre à l'arche! Voici une paire d'animaux étrangers, qui, dans toutes les langues, s'appellent des fous.
TOUCHSTONE.—Salut et compliments à tous!
JACQUES, au duc.—Mon bon seigneur, faites-lui accueil: c'est ce fou que j'ai si souvent rencontré dans la forêt; il jure qu'il a été jadis homme de cour.
TOUCHSTONE.—Si quelqu'un en doute qu'il me soumette à l'épreuve. J'ai dansé un menuet, j'ai cajolé une dame, j'ai usé de politique envers mon ami, j'ai caressé mon ennemi, j'ai ruiné trois tailleurs, j'ai eu quatre querelles, et j'ai été à la veille d'en vider une l'épée à la main.
JACQUES.—Et comment s'est-elle terminée?
TOUCHSTONE.—Ma foi, nous nous sommes rencontrés, et nous avons trouvé que la querelle en était à la septième cause.
JACQUES.—Que voulez-vous dire par la septième cause?—Mon bon seigneur, cet homme vous plaît-il?
LE VIEUX DUC.—Il me plaît beaucoup.