CORIN.—Non pas, j'espère.
TOUCHSTONE.—Oh! tu seras sûrement damné, comme un oeuf qui n'est cuit que d'un côté[32].
Note 32: [(retour) ]
Johnson dit ne pas comprendre cette réponse.
Steevens cite un proverbe qui dit qu'un fou est celui qui fait le mieux cuire un oeuf parce qu'il le tourne toujours; et Touchstone semble vouloir faire entendre qu'un homme qui n'a pas vécu à la cour n'a qu'une demi-éducation.
CORIN.—Pour n'avoir pas été à la cour? Dites-moi donc votre raison.
TOUCHSTONE.—Eh bien! si tu n'as jamais été à la cour, tu n'as jamais vu les bonnes manières; si tu n'as jamais vu les bonnes manières, alors tes manières sont nécessairement mauvaises; et ce qui est mauvais est péché, et le péché mène à la damnation: tu es dans une situation dangereuse, berger.
CORIN.—Pas du tout, Touchstone: les belles manières de la cour sont aussi ridicules à la campagne que les usages de la campagne sont risibles à la cour. Vous m'avez dit qu'on ne se saluait pas à la cour, mais qu'on se baisait les mains. Cette courtoisie ne serait pas propre, si les courtisans étaient des bergers.
TOUCHSTONE.—Une preuve; vite, allons, une preuve.
CORIN.—Eh bien! nous touchons nos brebis à tout instant, et leur toison, vous le savez, est grasse.
TOUCHSTONE.—Eh bien! les mains de nos courtisans ne suent-elles pas? et la graisse de mouton n'est-elle pas aussi saine que la sueur de l'homme? Mauvaise raison, mauvaise raison: une meilleure, allons.
CORIN.—En outre nos mains sont rudes.