ROSALINDE.—Vraiment, il va le grand trot avec la jeune fille, depuis le jour de son contrat de mariage, jusqu'au jour qu'il est célébré: quand l'intervalle ne serait que de sept jours, le pas du temps est si pénible, qu'il semble durer sept ans.
ORLANDO.—Avec qui le temps va-t-il l'amble?
ROSALINDE.—Avec un prêtre qui ne sait pas le latin, et avec un homme riche qui n'a pas la goutte: le premier dort tranquillement, parce qu'il n'étudie pas; et le second mène une vie joyeuse, parce qu'il ne sent aucune peine: l'un est exempt du fardeau d'une stérile science, et l'autre ne connaît pas le fardeau d'une ennuyeuse et accablante indigence. Voilà les gens pour qui le temps va l'amble.
ORLANDO.—Avec qui va-t-il au galop?
ROSALINDE.—Avec un voleur que l'on conduit au gibet: quoiqu'il aille aussi doucement que ses pieds puissent se poser, il croit arriver toujours trop tôt.
ORLANDO.—Et avec qui le temps s'arrête-t-il?
ROSALINDE.—Avec les avocats en vacations, car ils dorment d'un terme à l'autre, et alors ils ne s'aperçoivent pas comme le temps chemine.
ORLANDO.—Où demeurez-vous, beau jeune homme?
ROSALINDE.—Avec cette bergère, ma soeur, ici sur les bords de cette forêt, comme une frange sur un jupon.
ORLANDO,—Êtes-vous native de cet endroit?