ORLANDO.—Un homme qui aurait une femme avec un pareil esprit pourrait dire: «Esprit, où vas-tu?»
ROSALINDE.—Non, vous pourriez lui réserver cette réprimande, pour le moment où vous verriez l'esprit de votre femme aller dans le lit de votre voisin.
ORLANDO.—Et quel esprit pourrait alors avoir l'esprit de se justifier d'une telle démarche?
ROSALINDE.—Vraiment, la femme dirait qu'elle venait vous y chercher: vous ne la trouverez jamais sans réponse, à moins que vous ne la trouviez sans langue. Qu'une femme qui ne sait pas prouver que son mari est toujours la cause de ses torts ne prétende pas nourrir elle-même son enfant; car elle l'élèverait comme un sot.
ORLANDO.—Je vais vous quitter pour deux heures, Rosalinde.
ROSALINDE.—Hélas! cher amant, je ne saurais me passer de toi pendant deux heures.
ORLANDO.—Il faut que je me trouve au dîner du duc; je vous rejoindrai à deux heures.
ROSALINDE.—Oui, allez, allez où vous voudrez; je savais comment vous tourneriez; mes amis m'en avaient bien prévenue, et je n'en pensais pas moins qu'eux. Vous m'avez gagnée avec votre langue flatteuse; ce n'est qu'une femme de mise de côté: bon!—Viens, ô mort!—Deux heures est votre heure.
ORLANDO.—Oui, charmante Rosalinde.
ROSALINDE.—Sur ma parole, et très-sérieusement, et que Dieu me traite en conséquence, et par tous les jolis serments qui ne sont pas dangereux, si vous manquez d'un iota à votre promesse, ou si vous venez une minute plus tard que votre heure, je vous prendrai pour le parjure le plus insigne, pour l'amant le plus fourbe et le plus indigne de celle que vous appelez Rosalinde, que l'on puisse trouver dans toute la bande des infidèles; ainsi songez bien à éviter mes reproches, et tenez votre promesse.