LES SÉNATEURS.—Il n'y a point d'autre remède, si vous ne voulez pas voir notre belle Rome se fendre par le milieu et s'écrouler.

VOLUMNIE.—Je vous prie, mon fils, acceptez ce conseil: je porte un coeur qui n'est pas plus souple que le vôtre; mais j'ai une tête qui sait faire meilleur usage de la colère.

MÉNÉNIUS.—Bien parlé, noble dame. Moi, plutôt que de le voir s'abaisser à ce point devant la multitude, si la crise violente de ces temps ne l'exigeait pas, comme le seul remède qui puisse sauver l'Etat, on me verrait encore endosser mon armure, qu'à peine à présent je puis porter.

CORIOLAN.—Que faut-il faire?

MÉNÉNIUS.—Retourner vers les tribuns.

CORIOLAN.—Et ensuite?

MÉNÉNIUS.—Rétracter ce que vous avez dit.

CORIOLAN.—Pour eux? Je ne pourrais pas le faire pour les dieux mêmes; et il faut que je le fasse pour les tribuns?

VOLUMNIE.—Vous êtes trop absolu, quoique vous ne puissiez jamais avoir trop de cette noble fierté, sauf quand la nécessité parle.....Je vous ai ouï dire que l'honneur et la politique, comme deux amis inséparables, marchaient de compagnie à la guerre. Eh bien! dites-moi quel tort l'un fait à l'autre dans la paix, pour qu'ils ne s'y trouvent pas également unis?

CORIOLAN.—Assez, assez.