L'ÉDILE.—Fort bien!
SICINIUS.—Disposez-les à être bien déterminés, et prêts à nous soutenir dès que nous aurons lâché le mot.
BRUTUS.—Allez et veillez à tout cela. (L'édile sort.—A Sicinius.) Commencez par irriter sa colère: il est accoutumé à l'emporter partout, et à faire triompher son opinion sans contradiction. Une fois qu'il est courroucé, rien ne peut le ramener à la modération: alors il exhale tout ce qui est dans son coeur; et ce qui est dans son coeur est de concert avec nous pour opérer sa ruine.
(Coriolan arrive, accompagné de Ménénius, de Cominius et d'autres sénateurs.)
SICINIUS.—Bon! le voici qui vient.
MÉNÉNIUS, à Coriolan,—De la modération, je vous en conjure.
CORIOLAN.—Oui, comme un hôtellier, qui, pour la plus vile pièce d'argent, se laissera traiter de fripon tant qu'on voudra.—Que les respectables dieux conservent Rome en sûreté; qu'ils placent sur les sièges de la justice des hommes de bien; qu'ils entretiennent l'amour parmi nous; qu'il remplissent nos vastes temples des spectacles pompeux de la paix, et non pas nos rues des horreurs de la guerre.
PREMIER SÉNATEUR.—Ainsi soit-il!
MÉNÉNIUS.—Noble souhait!
(L'édile parait, suivi des plébéiens.)