SECOND CITOYEN.—Je vous écouterai volontiers, noble Ménénius; mais n'espérez pas tromper nos maux par le récit d'une fable; cependant, si cela vous fait plaisir, voyons, dites.

MÉNÉNIUS.—«Un jour tous les membres du corps humain se révoltèrent contre l'estomac. Voici leurs plaintes contre lui: ils disaient que, comme un gouffre, il se tenait au centre du corps, oisif et inactif, engloutissant tranquillement la nourriture, sans jamais partager le travail des autres organes qui se fatiguaient à voir, à entendre, à parler, à instruire, à marcher, à sentir, ayant tous leurs fonctions mutuelles, et servant, en ministres laborieux, les désirs et les voeux communs du corps entier. L'estomac répondit...»

SECOND CITOYEN.—Ah! voyons, seigneur, ce que l'estomac répondit.

MÉNÉNIUS.—Je vais vous le dire. «Il répondit, avec une sorte de sourire, qui ne venait pas des poumons (car si je fais parler l'estomac, je peux bien aussi le faire sourire), il répondit donc, avec dédain, aux membres mutinés et mécontents qui, le voyant tout recevoir, lui portaient une envie aussi raisonnable que celle qui vous anime contre nos sénateurs, parce qu'ils ne sont pas comme vous....

SECOND CITOYEN.—La réponse de votre estomac! quelle fut sa réponse?—Ah! si la tête majestueuse et faite pour la couronne; si l'oeil, sentinelle vigilante; si le coeur, notre conseiller; le bras, notre soldat; la jambe, notre coursier; la langue, notre trompette; si tous les autres membres, et cette foule de menus organes qui soutiennent et conservent notre machine; si tous...

MÉNÉNIUS.—Quoi donc! il me coupe la parole, cet homme-là! Eh bien! quoi? Voyons.

SECOND CITOYEN.—Si tous voyaient ce cormoran d'estomac, le gouffre du corps humain, prétendre leur faire la loi...

MÉNÉNIUS.—Eh bien! après?

SECOND CITOYEN.—Si les principaux agents se plaignaient de l'estomac, qu'aurait-il à répondre?

MÉNÉNIUS.—Je vous le dirai, si vous pouvez m'accorder un peu de ce qui est si rare chez vous, un peu de patience; vous la saurez, la réponse de l'estomac.