Note 23: Brief nature. La nature trop expéditive dans la création de ses oeuvres.

CYMBELINE.--Je suis sur les charbons; viens au fait.

IACHIMO.--Je n'y viendrai que trop tôt, à moins que tu ne sois pressé de t'affliger.--Ce Posthumus, comme un noble seigneur amoureux et qui a pour amante une princesse, prit la parole, et, sans déprécier celles que nous avions vantées, mais demeurant calme comme la vertu, il commença le portrait de sa maîtresse. Et après ce portrait fait de sa bouche, avec l'âme dont il l'anima, il semblait que tous nos panégyriques avaient pour objets des souillons de cuisine, ou sa description prouvait que nous n'étions que des imbéciles qui ne savaient s'exprimer.

CYMBELINE.--Allons, allons, au but.

IACHIMO.--La chasteté de votre fille... (C'est ici que cela commence), il la vanta comme si Diane même eût eu des singes impudiques, et que votre fille seule fût chaste. A ce propos, moi misérable, je fis l'incrédule à ses louanges, et je pariai avec lui des pièces d'or contre cette bague qu'il portait alors à sa noble main, que je réussirais à obtenir une place dans son lit nuptial, et que je gagnerais cette bague par l'adultère de son épouse avec moi. Lui, en vrai chevalier, qui avait dans l'honneur de sa femme toute la confiance qu'elle méritait en effet, dépose sa bague: il l'eût risquée de même, eût-elle été une escarboucle détachée des roues d'Apollon; il la pouvait risquer en sûreté, eût-elle valu tout le prix de son char. Je vole en Bretagne pour exécuter mon dessein. Vous pouvez, seigneur, vous souvenir de m'avoir vu à votre cour; c'est là que j'appris de votre chaste fille la différence qu'il y a entre le véritable amant et le vil suborneur. Mon espérance ainsi éteinte et non pas mon désir, mon cerveau italien machina, dans votre sombre Bretagne, un lâche stratagème excellent pour mon profit. Pour abréger, mon plan réussit. Je retournai en Italie avec assez de preuves simulées pour jeter dans le désespoir le noble Posthumus; j'attaquai sa confiance dans la vertu de son épouse, par tel et tel indice que j'appuyai de détails circonstanciés sur les tentures et les tableaux de sa chambre, et puis ce bracelet que je lui montrai... Oh! par quelle ruse je sus m'en emparer! Et je lui citai même des signes cachés sur la personne d'Imogène; en sorte qu'il lui fut impossible de ne pas croire qu'elle avait rompu son engagement de chasteté, et que j'en avais recueilli les fruits: là-dessus... Il me semble que je le vois encore...

POSTHUMUS, se découvrant et avançant.--Oui, tu le vois en effet, démon italien.--Et moi, insensé trop crédule, insigne meurtrier, lâche brigand, ah! je mérite les noms de tous les scélérats passés, présents et futurs.--Oh! donnez-moi une corde, un poignard ou du poison; montrez-moi quelque juge intègre! Et toi, ô roi! envoie chercher d'ingénieuses tortures. Je suis un monstre qui fait pardonner aux objets de la terre les plus détestés, en étant plus méchant qu'eux. Je suis ce Posthumus qui a égorgé ta fille; je mens en lâche; j'ai aposté un moindre scélérat, un voleur sacrilège pour le faire. Ah! elle était le temple de la vertu: oui, elle était la vertu même. Crachez-moi au visage, jetez-moi des pierres, couvrez-moi de boue, excitez les chiens de la rue à aboyer après moi: que le nom des scélérats soit désormais Posthumus Léonatus; j'ai effacé tous les crimes. Oh! Imogène, ma reine, ma vie, ma femme, Imogène, Imogène, Imogène!

IMOGÈNE, s'élançant vers lui.--Calmez-vous, seigneur: écoutez! écoutez!

POSTHUMUS.--Tu te fais un jeu de l'état où je suis, page insolent!

(Il la frappe; elle tombe.)

PISANIO.--O seigneurs! secourez ma maîtresse et la vôtre. O Posthumus! ô mon maître! vous n'aviez point tué Imogène jusqu'à ce moment.--Secourez, secourez mon auguste princesse!