PREMIER SEIGNEUR.--Oui, il y a un Italien d'arrivé; on le croit un des amis de Léonatus.

CLOTEN.--De Léonatus, ce coquin de banni! Son ami en est un autre, quel qu'il soit.--Qui vous a appris l'arrivée de cet étranger?

PREMIER SEIGNEUR.--Un des pages de Votre Altesse.

CLOTEN.--Me convient-il d'aller le regarder? Le puis-je sans déroger?

SECOND SEIGNEUR.--Vous ne pouvez déroger, seigneur.

CLOTEN.--Cela ne m'est pas aisé, je crois.

SECOND SEIGNEUR, à part.--Vous êtes un imbécile avoué: et tout ce qui vient de vous étant d'un imbécile, ne vous fait pas déroger.

CLOTEN.--Venez, je veux voir cet Italien: ce que j'ai perdu aujourd'hui aux boules, je le regagnerai le soir avec lui. Venez, allons.

SECOND SEIGNEUR.--Je suis Votre Altesse. (Cloten sort avec le premier seigneur.)--Comment une diablesse aussi rusée a-t-elle pu mettre au monde cet âne? Une femme qui renverse tout avec sa tête; et voilà son fils à qui on ne ferait pas comprendre qu'en ôtant deux de vingt, il reste dix-huit.--Hélas! pauvre princesse, divine Imogène! que ne souffres-tu pas, entre un père que gouverne ta marâtre, une mère qui trame à tout moment des complots, et un amant plus odieux pour toi que l'horrible exil de ton cher époux;--plus odieux que cet horrible divorce qu'il désire!--Que le ciel soutienne les remparts de ta chère vertu; qu'il affermisse le temple de ta belle âme, afin que tu puisses un jour résister et posséder et ton époux banni et ce vaste royaume!

(Il sort.)