(Un serviteur sort.)
LA REINE.--Sire, depuis l'exil de Posthumus elle mène une vie très-retirée; il n'y a que le temps qui puisse la guérir. Je conjure Votre Majesté de lui épargner les paroles sévères: c'est une âme si tendre aux reproches, que les paroles sont des coups pour elle, et les coups lui donneraient la mort.
(Le serviteur revient.)
CYMBELINE.--Eh bien! vient-elle? Comment va-t-elle justifier ses mépris?
LE SERVITEUR.--Sauf votre bon plaisir, seigneur: ses appartements sont tous fermés, et on n'a point répondu à tout le bruit que nous avons pu faire.
LA REINE.--Seigneur, la dernière fois que j'ai été la voir, elle m'a prié d'excuser sa profonde retraite, y étant forcée par sa mauvaise santé, et elle m'a prévenue qu'elle suspendrait les devoirs qu'elle était obligée de vous rendre chaque jour. Elle m'avait prié de vous en prévenir; mais les soins de notre cour ont mis ma mémoire dans son tort.
CYMBELINE.--Ses portes fermées, sans qu'on l'ait vue dernièrement! Ciel! accorde-moi que mes craintes soient fausses!
(Il sort.)
LA REINE, à Cloten.--Mon fils, je vous l'ordonne, suivez le roi.
CLOTEN.--Cet homme qui lui est attaché, Pisanio, ce vieux serviteur, je ne l'ai pas vu non plus depuis deux jours.