SICILIUS.--Ouvre tes fenêtres de cristal, jette un regard sur nous, cesse d'exercer ton injuste pouvoir sur une vaillante race.
LA MÈRE.--Jupiter, puisque notre fils est vertueux, mets un terme à ses infortunes.
SICILIUS.--Du haut de ton palais de marbre, regarde, aide-nous, ou nous, pauvres ombres, nous en appellerons au conseil éclatant des autres dieux contre ta divinité.
SECOND FRÈRE.--Secours-nous, Jupiter, ou nous appellerons de tes décrets, et nous nous soustrairons à ta justice.
(Tout à coup, au milieu du tonnerre et des éclairs, Jupiter descend assis sur son aigle et lançant la foudre. Les ombres tombent à genoux.)
JUPITER.--Faibles esprits des régions souterraines, cessez d'offenser nos oreilles de vos plaintes: silence! Quoi, fantômes, vous osez accuser le dieu du tonnerre, dont la foudre lancée des cieux soumet, vous le savez, la terre révoltée? Pauvres ombres de l'Élysée, quittez ces lieux et retournez goûter le repos sur vos lits de fleurs qui ne se flétrissent jamais, ne vous affligez point des maux qui arrivent aux mortels: ce soin ne vous regarde pas, il nous appartient, vous le savez. J'afflige l'homme que je chéris le plus, je diffère mes bienfaits pour les rendre plus précieux à ses yeux. Soyez tranquilles, notre divine puissance relèvera votre fils abattu, ses joies vont grandir, ses épreuves sont finies.
Notre étoile souveraine a présidé à sa naissance, et c'est dans notre temple qu'il s'est marié; levez-vous et évanouissez-vous. Il sera l'époux de la princesse Imogène; et ses infortunes augmenteront son bonheur. (Il fait un signe de tête et laisse tomber une tablette d'or.) Placez sur son sein ces tablettes où sont renfermés nos décrets et ses destins.
Disparaissez. Cessez les clameurs de votre impatience, si vous ne voulez irriter la mienne.--Aigle, remonte dans mon palais de cristal.
(Jupiter remonte dans les cieux.)
SICILIUS.--Il est descendu avec son tonnerre: son haleine céleste exhalait une odeur sulfureuse. L'aigle sacré s'abaissait, comme s'il voulait se poser sur nous. L'ascension du dieu remplissait l'air d'un parfum plus doux que celui de nos plaines bienheureuses. Son royal oiseau agitait son aile immortelle et fermait son bec, signe que son dieu était satisfait.