PREMIER PAYSAN.—C'est la mienne, monsieur.

Holà!... Et un trou d'argile à faire... cela convient
à un tel hôte.

HAMLET.—En vérité, oui, je crois qu'elle est à toi, car tu y fais des tiennes, en voulant me mettre dedans.

PREMIER PAYSAN.—Là-dessus, monsieur, c'est bien plutôt vous qui voulez me mettre dedans; mais vous n'y êtes point, et ça prouve bien qu'elle n'est point à vous. Quant à vous mettre dedans, pour ma part, je n'y travaille point. Et pourtant, c'est ma fosse.

HAMLET.—Si fait, tu travailles à me mettre dedans, puisque tu y travailles, à cette fosse, et puisque tu dis qu'elle est à toi; tu sais bien qu'elle est faite pour tenir le mort, et non pour saisir le vif. Voilà comment tu veux me mettre dedans.

PREMIER PAYSAN.—Ce qui est vif, monsieur, c'est de vouloir me mettre dedans. Mais ces vivacités-là pourront bien rebrousser chemin de vous à moi[50].

Note 50:[ (retour) ] Il y a dans ce passage une joute de quiproquos volontaires dont la traduction ne saurait être aussi brève que le texte. Dans le texte ils roulent sur l'absolue ressemblance du verbe to lie, mentir, et de l'autre verbe to lie, être couché, enterré, situé, etc. Ils roulent aussi sur le double sens de quick, qui, dans le langage usuel, signifie vif, prompt, impétueux, et dans une acception spéciale vivant, quand on dit the quick, par opposition à the dead, comme en français le vif, dans quelques termes de la langue juridique. Mais tel est l'imbroglio de ces subtilités qu'on courrait grand risque, en les commentant, de les emmêler au lieu de les dénouer; les équivalents de la traduction suffiront à eux seuls si le lecteur, dans son esprit, voit bien la scène, s'il voit bien le fossoyeur dans sa fosse, le paysan narquois et lent qui bavarde entre deux coups de pioche, tient tête au gentilhomme et veut avoir le dernier.

HAMLET.—Pour quel homme est-ce que tu la creuses?

PREMIER PAYSAN.—Ce n'est point pour un homme, monsieur.

HAMLET.—Pour quelle femme donc?