OSRICK.—Je parle seulement, monsieur, du mérite qu'il montre pour son arme; mais d'après l'estime qu'on fait de lui, il n'a pas son égal en son genre.

HAMLET.—Quelle est son arme?

OSRICK.—La rapière et la dague.

HAMLET.—Ce sont deux de ses armes; mais à la bonne heure!

OSRICK.—Le roi, monsieur, a gagé contre lui six chevaux barbes; et lui, il a mis pour enjeu, à ce que j'ai cru comprendre, six rapières et poignards de France, avec toute leur garniture, savoir: ceinturons, pendants, et le reste. Trois de ces équipages sont, en honneur, très-précieux pour le goût, admirablement accommodés aux poignées; des équipages de la dernière délicatesse et du travail le plus ingénieux!

HAMLET.—Qu'appelez-vous équipages?

HORATIO.—Je pensais bien qu'il vous faudrait quelque glose à la marge avant d'être au bout.

OSRICK.—Les équipages, monsieur, ce sont les pendants.

HAMLET.—Le mot serait plus cousin germain de la chose, si nous étions équipés d'un canon au côté[61]; je voudrais bien que les pendants, d'ici là, restassent des pendants. Mais continuons: six chevaux barbes contre six épées françaises, leurs garnitures, et trois équipages ingénieusement travaillés, voilà le pari français contre le danois. Mais pourquoi a-t-on mis cet enjeu, comme vous l'appelez?

Note 61:[ (retour) ] Montaigne dit aussi: «La naïveté n'est-elle pas, selon nous, germaine à la sottise?» au lieu de voisine, semblable. Quant à l'équipage du canon, c'était le mot consacré au temps de Rabelais, puisqu'il est dit (liv. IV, chap. XXX) que Quaresme-Prenant avait les pensées comme un vol d'étourneaux et la repentance comme l'équipage d'un double canon.