ROSENCRANTZ.—Tout à fait en galant homme.
GUILDENSTERN.—Mais avec beaucoup d'effort dans sa manière.
ROSENCRANTZ.—Avare de paroles, mais quant à nos questions seulement; très-libre dans ses répliques.
LA REINE.—L'avez-vous provoqué à quelque passe-temps?
ROSENCRANTZ.—Madame, il s'est justement trouvé que nous avons rencontré sur notre chemin certains comédiens; nous lui avons parlé d'eux, et nous avons cru voir en lui une espèce de joie d'entendre cette nouvelle. Ils sont quelque part dans le palais; et, à ce que je crois, ils ont déjà l'ordre de jouer ce soir devant lui.
POLONIUS.—Cela est très-vrai, et il m'a prié d'engager Vos Majestés à entendre et à voir cette affaire.
LE ROI.—De tout mon coeur, et j'ai beaucoup de contentement à apprendre qu'il soit porté à cela. Mes chers messieurs, aiguisez encore en lui ce goût et poussez plus avant ses projets vers de tels plaisirs.
ROSENCRANTZ.—Ainsi ferons-nous, mon seigneur.
(Rosencrantz et Guildenstern sortent.)
LE ROI.—Douce Gertrude, laissez-nous aussi, car nous avons, sans nous découvrir, mandé Hamlet ici, afin qu'il y puisse, comme par hasard, se trouver en face d'Ophélia. Son père et moi, espions sans reproche, nous nous placerons de manière que, voyant sans être vus, nous puissions juger avec certitude de leur rencontre, et conclure d'après lui-même, selon qu'il se sera comporté, si c'est le renversement de son amour, ou non, qui le fait ainsi souffrir.