BARDOLPH.--Ma foi, je me suis sauvé, moi, quand j'ai vu les autres se sauver.
HENRI--Oh çà! dites-moi à présent, sans plaisanterie, comment se fait-il que l'épée de Falstaff soit si ébréchée?
PETO.--Pardieu, il l'a ébréchée avec son poignard, et a dit que sur son honneur il n'y avait plus de bonne foi en Angleterre, s'il ne parvenait pas à vous persuader que cela s'était fait dans le combat; et il nous a engagés à faire comme lui.
BARDOLPH.--Oui, comme encore de nous frotter le nez avec de l'herbe tranchante, pour le faire saigner et en barbouiller nos habits, et jurer que c'était du sang d'honnêtes gens. Je puis bien dire que j'ai fait ce que je n'avais pas fait depuis sept ans; car je rougis d'entendre parler seulement de ses monstrueuses inventions.
HENRI.--Oh! misérable, tu dérobas un verre de vin d'Espagne il y a dix-huit ans et tu fus pris sur le fait, et depuis ce temps-là tu as toujours rougi ex tempore. Tu avais pour toi le fer et la flamme, et cependant tu t'es sauvé! Dis-moi quel était ton instinct pour cela?
BARDOLPH.--Milord, voyez-vous ces météores? apercevez-vous ces feux?
HENRI.--Oui.
BARDOLPH.--Que croyez-vous que cela annonce?
HENRI.--Un foie chaud et une froide bourse.
BARDOLPH.--Rage et fureur, milord, à le bien prendre.