HENRI.--Comment! pas du tout?
FALSTAFF.--Non, par ma foi, pas seulement autant qu'on en peut avoir à dire après un oeuf ou du beurre [6].
Note 5:[ (retour) ] That wandering knight so fair. Paroles tirées probablement de quelque ancienne ballade sur les aventures du Chevalier du Soleil.
Note 6:[ (retour) ] Not so much as will serve to be prologue to an egg and butter. Le nom de grâces se donne également en Angleterre au benedicite qui précède le repas et aux prières qui se disent à la fin. Shakspeare le prend ici dans le premier sens; il a fallu, pour conserver le jeu de mots, y substituer le dernier.
HENRI.--Eh bien! enfin donc? Au fait, au fait.
FALSTAFF.--Vraiment je veux donc te dire, mon cher lustig, quand tu seras roi, tu ne dois pas souffrir que nous autres gardes du corps de la nuit, soyons traités de voleurs qui attaquent la beauté du jour. Qu'on nous appelle, à la bonne heure, forestiers de Diane, gentilshommes des ténèbres, les mignons de la lune, et qu'on dise de nous que nous nous gouvernons bien, puisque nous sommes comme la mer, gouvernés par notre noble maîtresse la lune, sous la protection de laquelle nous exerçons... le vol.
HENRI.--Tu as raison, et ce que tu dis est vrai sous tous les rapports: car notre fortune à nous autres gens de la lune, a son flux et reflux comme la mer; de même que la mer, nous sommes gouvernés par la lune; et pour preuve, une bourse résolument enlevée le lundi soir sera dissolument vidée le mardi matin, gagnée en jurant, la bourse ou la vie, dépensée en criant, apporte bouteille. En cet instant, marée basse comme le pied de l'échelle, nous serons d'un moment à l'autre à flot aussi haut que le bras de la potence.
FALSTAFF.--Pardieu, tu dis bien vrai, mon garçon.--Et n'est-ce pas que mon hôtesse de la taverne est une agréable créature?
HENRI.--Douce comme le miel d'Hybla, mon vieux garnement [7]. Et n'est-il pas vrai aussi qu'un pourpoint de buffle est une agréable robe de chambre pour prison [8]?
Note 7:[ (retour) ] My old lad of the castle. Expression souvent employée par les anciens auteurs, et qui s'était probablement appliquée d'abord aux satellites du seigneur châtelain: elle fait ici allusion au premier nom de Falstaff, qui du moins à ce qu'il paraît, s'était d'abord appelé Oldcastle. Sir John Oldcastle avait été mis à mort sous Henri V, comme partisan des opinions de Wycleff, et soit hasard, soit haine religieuse, son nom était devenu sur le théâtre celui d'un personnage burlesque, d'un caractère tout opposé à celui qui fait les martyrs, et très-différent en effet, à ce qu'il paraît, de celui du véritable Oldcastle; c'est sous ce travestissement, et comme associé aux désordres de Henri, que paraît sir John Oldcastle dans une vieille pièce intitulée les fameuses victoires d'Henri V, contenant la bataille d'Agincourt; et toujours est-il certain que les écrivains jésuites avaient pris texte de cette tradition théâtrale pour charger de vices la mémoire du sectateur de Wycleff. Quoi qu'il en soit, Shakspeare, à ce qu'il paraîtrait, s'empara, selon son usage, du personnage déjà en possession du théâtre, et lui conserva d'abord son premier nom, ainsi qu'il a conservé ceux de Ned et de Gadshill, autres compagnons de Henri dans la vieille pièce de la bataille d'Agincourt. Mais ensuite, soit par respect pour la mémoire d'une victime du catholicisme, soit par égard pour la famille d'Oldcastle, Elisabeth demanda un changement de nom, et le vieux camarade du prince de Galles prit alors celui de Falstaff, en conservant tous les attributs d'Oldcastle, comme le gros ventre, la gourmandise, etc.