L'HOTESSE.--Comment, sir Jean! à quoi pensez-vous, sir Jean? Est-ce que vous croyez que j'ai des filous dans ma maison? j'ai cherché, je me suis informée et mon mari aussi, de tous nos gens, hommes, garçons, domestiques, les uns après les autres: jamais de la vie il ne s'est encore perdu un poil dans ma maison.
FALSTAFF.--Vous mentez, l'hôtesse; car Bardolph y a été rasé et y a perdu beaucoup de poils; et moi je ferai serment que mes poches y ont été vidées; allez, allez. Vous êtes une vraie femelle, allez.....
L'HOTESSE.--Qui moi! attends, attends, on ne m'a encore jamais appelée ainsi chez moi.
FALSTAFF.--Allez, allez, je vous connais bien.
L'HOTESSE.--Non, sir Jean; vous ne me connaissez pas, sir Jean. Je vous connais bien, moi, sir Jean: vous me devez de l'argent, sir Jean; et aujourd'hui vous me cherchez querelle pour m'en frustrer. C'est moi qui vous ai acheté une douzaine de chemises pour mettre à votre dos.
FALSTAFF.--De la toile à canevas, d'abominable toile à canevas; j'en ai fait présent à des boulangères, et elles en ont fait des tamis.
L'HOTESSE.--Là, comme je suis une honnête femme, c'était une toile de Hollande à huit schellings l'aune. Mais vous me devez encore de l'argent outre cela, sir Jean, pour votre pension d'ordinaire; les boissons de surplus, et, d'argent prêté, vingt-quatre guinées.
FALSTAFF.--En voilà un qui a eu sa bonne part; qu'il vous paye.
L'HOTESSE.--Lui? Hélas! il est pauvre, il n'a rien.
FALSTAFF.--Comment! pauvre? Voyez sa figure. Qu'appelez-vous donc riche? Il n'a qu'à monnayer son nez ou ses joues.--Je ne payerai pas un denier. Est-ce que vous me prenez pour un nigaud? Comment, je ne serai pas libre de prendre mes aises dans mon auberge, sans être exposé à avoir mes poches dévalisées? J'ai perdu un cachet en bague de mon grand-père, qui vaut quarante marcs.