FALSTAFF.--Moi, que je te permette de me parler ainsi? Que je mette de côté ce qui tient à mon existence? Si tu obtiens jamais cette permission-là de moi, je veux bien que tu me pendes; et si tu la prends, il vaudrait mieux pour toi que tu fusses pendu, infâme happe-chair; veux-tu courir, gredin?

L'HUISSIER.--Monsieur, milord voudrait vous parler.

LE JUGE.--Sir Jean Falstaff, je voudrais vous dire un mot.

FALSTAFF.--Ah! mon cher lord, je souhaite bien le bonjour à votre seigneurie: je suis enchanté de voir votre seigneurie sortie; on m'avait dit que votre seigneurie était malade; j'espère sans doute que c'est par avis de médecin que votre seigneurie prend l'air. Quoique votre seigneurie ne soit pas encore tout à fait hors de la jeunesse, cependant elle ne laisse pas d'avoir déjà un avant-goût de maturité et de se ressentir un peu des amertumes de l'âge: permettez donc que je supplie en grâce votre seigneurie d'avoir le soin le plus attentif de sa santé.

LE JUGE.--Sir Jean, je vous avais fait demander avant votre expédition de Shrewsbury.

FALSTAFF.--Avec votre permission, on dit que Sa Majesté est revenue du pays de Galles avec quelques chagrins.

LE JUGE.--Je ne parle pas de Sa Majesté. Vous ne vous êtes pas soucié de venir, lorsque je vous ai envoyé chercher.

FALSTAFF.--Et on dit même que Sa Majesté a eu une nouvelle attaque de cette coquine d'apoplexie.

LE JUGE.--Eh bien, que Dieu veuille la guérir! mais écoutez ce que j'ai à vous dire.

FALSTAFF.--Cette apoplexie est, à ce que je m'imagine, une espèce de léthargie; n'est-ce pas, milord? comme qui dirait un assoupissement du sang, un coquin de tintement dans les oreilles.