(Acclamations, bruits de trompettes derrière le théâtre.)
PISTOL.--On a entendu mugir la mer et les sons éclatants de la trompette.
(Entre le roi avec sa suite, dans laquelle se trouve le lord grand juge.)
FALSTAFF.--Dieu conserve Ta Majesté, roi Hal, mon royal Hal!
PISTOL.--Que le ciel te garde et veille sur toi, très-royal rejeton de la gloire!
FALSTAFF.--Que Dieu te conserve, mon cher enfant!
LE ROI.--Milord grand juge, parlez à cet insensé.
LE JUGE.--Êtes-vous en votre bon sens? Savez-vous ce que vous dites?
FALSTAFF.--Mon roi, mon Jupiter! C'est à toi que je parle, mon coeur.
HENRI.--Je ne te connais point, vieillard. Va faire tes prières.--Que ces cheveux blancs siéent mal à un insensé, à un mauvais bouffon! J'ai vu en songe, pendant un long sommeil, un homme de cette espèce, gonflé de même d'un excès de nourriture, aussi vieux et aussi débauché. Mais éveillé, je méprise mon songe.--Va travailler à diminuer ton ventre et à grossir ton mérite. Quitte ta vie gloutonne: sache que la tombe ouvre pour toi une bouche trois fois plus large que pour les autres hommes.--Ne me réplique pas par une ridicule plaisanterie. Ne t'imagine pas que je sois aujourd'hui ce que j'étais. Le ciel sait, et l'univers verra, que j'ai renoncé à mon passé, et je rejetterai de même tous ceux qui firent ma société. Quand tu entendras dire que je suis ce que j'ai été, reviens vers moi, et tu seras ce que tu étais alors, le guide et le promoteur de mes dérèglements. Jusqu'à ce moment, je te bannis, sous peine de mort, comme j'ai déjà banni le reste de ceux qui m'ont égaré, et je te défends d'approcher de notre personne plus près que de dix milles. Quant à votre subsistance, je vous l'assurerai, afin que les besoins ne vous sollicitent pas au mal; et lorsque nous apprendrons que vous avez réformé votre vie, alors nous vous emploierons, selon votre capacité et votre mérite. (Au grand juge.) C'est vous, milord, que je charge de veiller sur l'exécution de mes ordres. Continuez la marche.