L'ARCHEVÊQUE D'YORK.--Marchons en avant, et publions les motifs qui nous mettent les armes à la main. Le peuple est las de son propre choix. Son trop avide amour s'est fatigué de ses propres excès. C'est une demeure mobile et incertaine que celle qui se bâtit sur le coeur du vulgaire! O multitude imbécile, avec quelles bruyantes acclamations n'as-tu pas fatigué le ciel de tes bénédictions sur Bolingbroke, avant qu'il fût ce que tu souhaitais qu'il devînt! Et aujourd'hui que tes voeux se trouvent accomplis, animal vorace, tu es si rassasié de lui, que tu t'excites toi-même à le rejeter.... Ce fut ainsi, chien sans pudeur, que de ton estomac glouton tu vomis l'auguste Richard; et maintenant tu voudrais revenir à ton vomissement [20], et tu hurles pour le retrouver. Quelle confiance fonder sur des temps comme les nôtres? Ceux qui, lorsque Richard vivait, le souhaitaient mort, sont maintenant amoureux de son tombeau!... Toi qui jetais de la poussière sur sa tête sacrée, lorsqu'au travers de la superbe Londres il marchait en soupirant derrière les admirés de Bolingbroke, tu cries aujourd'hui: O terre, rends-nous ce roi, et prends celui-ci. Maudites soient les pensées des hommes! Le passé et l'avenir sont toujours préférés, et le présent est toujours le pire.
Note 20:[ (retour) ] Expression de l'Ecriture.
MOWBRAY.--Irons-nous rassembler nos troupes, et nous mettrons-nous en campagne?
HASTINGS.--Nous sommes les sujets du temps, et le temps nous ordonne de partir.
FIN DU PREMIER ACTE.
ACTE DEUXIÈME
SCÈNE I
Une rue de Londres.
Entrent L'HÔTESSE avec FANG et son valet, SNARE [21] quelques instants après.
Note 21:[ (retour) ] Fang, serre; snare, piége. La plupart des noms comiques de cette pièce sont significatifs.