MOWBRAY.--Pourquoi pas à lui, du moins en partie? Et à nous tous, qui sentons encore les plaies du passé, et qui voyons le présent appesantir sur nos dignités une main injuste et oppressive?
WESTMORELAND.--Oh! mon cher lord Mowbray, jugez des événements par la nécessité des circonstances, et vous direz alors avec plus de vérité que c'est le temps et non le roi qui vous maltraite. Et cependant, quant à vous, je ne puis voir que, soit de la part du roi, soit de la part des conjonctures nouvelles, vous ayez lieu le moins du monde à fonder une plainte. N'avez-vous pas été rétabli dans toutes les seigneuries du duc de Norfolk, votre noble père, d'honorable mémoire?
MOWBRAY.--Eh! qu'avait donc perdu mon père dans son honneur, qui eût besoin d'être ranimé et ressuscité en moi? Le roi qui l'aimait fut forcé, par la situation où se trouvait l'État, de l'exiler malgré lui. Et cela, au moment où Henri Bolingbroke et lui étaient tous deux en selle et haussés sur leurs étriers; leurs chevaux hennissaient pour appeler l'éperon, leurs lances en arrêt, leurs visières baissées, leurs yeux lançant le feu à travers l'acier de leurs casques, et la bruyante trompette les animant l'un contre l'autre; alors, alors, rien ne pouvait garantir le sein de Bolingbroke de la lance de mon père. Oh! lorsque le roi jeta contre terre son bâton de commandement, sa vie y tenait suspendue; il se renversa du coup, lui et tous ceux qui depuis ont péri sous Bolingbroke, ou par jugement, ou par la pointe de l'épée.
WESTMORELAND.--Vous parlez, lord Mowbray, de ce que vous ne savez pas. Le comte d'Hereford était réputé alors pour le plus brave gentilhomme de l'Angleterre. Qui sait auquel des deux la fortune aurait souri? Mais quand votre père eût obtenu la victoire, il ne l'eût pas portée hors de Coventry; car tout le pays, d'une voix unanime, le poursuivait des cris de sa haine; et tous les voeux, tout l'amour des citoyens se portaient sur Hereford, qu'ils chérissaient avec passion, qu'ils bénissaient et prisaient plus que le roi. Mais ceci n'est qu'une pure digression.--Je viens ici, envoyé par le prince notre général, pour connaître vos griefs, pour vous annoncer de sa part qu'il est prêt à vous donner audience; et toutes celles de vos demandes qui paraîtront justes vous seront accordées; on écartera tout ce qui pourrait encore vous faire regarder comme ennemis.
MOWBRAY.--Ces offres qu'il nous fait, il nous a contraints de les lui arracher: elles viennent de sa politique, et non de son affection.
WESTMORELAND.--Mowbray, c'est présomption de votre part que de le prendre ainsi. Ces offres partent de sa clémence et non de sa crainte: car, regardez bien, notre armée est à la portée de votre vue, et sur mon honneur, elle est tout entière trop pleine de confiance pour admettre seulement la pensée de la crainte; nos rangs comptent plus de noms illustres que les vôtres; nos soldats sont plus aguerris; nos armures aussi fortes, et notre cause plus juste; ainsi, la raison veut que nos courages soient aussi bons: ne dites donc plus que nos offres sont forcées.
MOWBRAY.--A la bonne heure, mais si l'on m'en croit, nous n'accepterons aucune négociation.
WESTMORELAND.--Cela ne prouve autre chose que le sentiment d'une cause coupable. Un coffre pourri ne supporte pas d'être manié.
HASTINGS.--Le prince Jean est-il revêtu de pleins pouvoirs? son père lui a-t-il transmis son autorité pour nous entendre et régler d'une manière stable les conditions qui seront arrêtées entre nous?
WESTMORELAND.--Le nom seul de général emporte la plénitude de ces pouvoirs. Je m'étonne d'une question aussi frivole.