LE ROI.--Vous avez raison, juge, et vous avez pesé les choses comme vous le deviez. En conséquence, continuez de tenir la balance et le glaive; et je souhaite qu'élevé de jour en jour à de plus grands honneurs, vous viviez assez pour voir un de mes fils vous offenser, et vous obéir, comme j'ai fait; puissé-je vivre aussi pour lui répéter les paroles de mon père: «Je suis heureux d'avoir un magistrat assez courageux pour oser exercer la justice sur mon propre fils; et je ne suis pas moins heureux d'avoir un fils qui se dépouille ainsi de sa dignité entre les mains de la justice.»--Vous m'avez mis en prison: c'est pour cela que je mets en votre main le glaive sans tache que vous avez accoutumé de porter, en vous rappelant que vous devez en user avec la même fermeté, la même justice, la même impartialité que vous avez employées avec moi. Voilà ma main. Vous servirez de père à ma jeunesse; ma voix ne sera que l'écho des paroles que vous ferez entendre à mon oreille. Je soumettrai humblement mes résolutions aux sages conseils de votre expérience.--Et vous tous, princes, mes frères, croyez-moi, je vous en conjure.--Mon père a emporté avec lui mes égarements; tous les penchants déréglés de ma jeunesse sont ensevelis dans sa tombe. Je lui survis triste et animé de son esprit, pour tromper l'attente de l'univers, pour démentir les prédictions et pour effacer l'injuste opinion qui s'est établie sur moi, d'après les apparences: les flots de mon sang ont jusqu'ici coulé au sein d'orgueilleuses folies: maintenant ils vont refluer en arrière et retourner vers l'océan pour se mêler à ses vagues imposantes dans une solennelle majesté. Nous convoquons maintenant notre cour suprême du parlement, et choisissons pour membres de notre conseil des hommes si sages que le grand corps de l'État puisse le disputer à la nation la mieux gouvernée, et que les affaires de la paix ou de la guerre, ou de toutes deux ensemble, nous soient également connues et familières à tous. (Au grand juge.) Vous y aurez, mon père, la première place. Après la cérémonie de notre couronnement, nous assemblerons, comme je viens de l'annoncer, tous les membres de l'État, et si le ciel seconde mes bonnes intentions, nul prince, nul pair n'aura jamais sujet de dire: «Que le ciel abrège d'un seul jour la vie fortunée de Henri!»
(Ils sortent.)
SCÈNE III
Dans le comté de Glocester.--Le jardin de la maison de Shallow.
Entrent FALSTAFF, SHALLOW, SILENCE, BARDOLPH, LE PAGE ET DAVY.
SHALLOW, à Falstaff.--Oh! vous verrez mon verger, et sous mon berceau nous mangerons une reinette de l'année dernière, que j'ai greffée moi-même, avec un plat de biscuits et quelque chose comme ça. Allons, cousin Silence, et puis nous irons nous coucher.
FALSTAFF.--Pardieu, vous avez là une bonne et riche habitation!
SHALLOW.--Oh! toute nue, nue, nue! une pauvreté, une pauvreté, sir Jean: mais, ma foi, l'air y est bon.--Sers, Davy, sers, Davy; fort bien, Davy.
FALSTAFF.--Ce Davy vous sert à bien des choses; il est tout à la fois votre valet et votre laboureur.
SHALLOW.--C'est un bon valet, un bon valet, un très-bon valet, sir Jean. Par la messe, j'ai bu un peu trop de vin d'Espagne à souper.--C'est un bon valet.--Oh! çà, asseyez-vous donc, asseyez-vous donc: approchez donc, cousin.