Note 11:[ (retour) ] Un des conspirateurs contre la reine Élisabeth finit la lettre qu'il lui adressa par ces mots: A culpâ, sed non a poenâ absolve me, my dear lady.

LE ROI.--Que Dieu vous pardonne dans sa miséricorde! Écoutez votre arrêt. Vous avez conspiré contre notre royale personne, vous vous êtes ligués avec un ennemi déclaré, et vous avez reçu l'or de ses coffres pour salaire de notre mort; et par ce crime, vous consentiez à vendre votre roi au meurtre, ses princes et ses pairs à la servitude, ses sujets à l'oppression et au mépris, et tout son royaume à la dévastation. Quant à notre personne nous ne demandons point de vengeance, mais c'est un devoir pour nous de songer à la sûreté de notre royaume, dont vous avez tous trois cherché la ruine, et nous sommes forcé de vous livrer à ses lois. Sortez de ces lieux, coupables et malheureuses victimes, et allez à la mort. Dieu veuille, dans sa clémence, vous accorder la force d'en subir l'amertume avec patience, et le repentir sincère de votre énorme forfait! Qu'on les emmène. (On les entraîne.) Maintenant, lords, en France! Cette entreprise vous promet, comme à nous, une gloire éclatante. Nous ne doutons plus de l'heureux succès de cette guerre. Puisque Dieu a daigné, dans sa bonté, mettre en lumière cette fatale trahison, qui s'était cachée sur notre route, pour nous arrêter à l'entrée de notre carrière, nous devons croire à présent que tous les obstacles s'aplaniront devant nous. Ainsi en avant chers compatriotes: remettons nos forces entre les mains du Tout-Puissant, et ne différons plus l'expédition. Allons gaiement à bord: que les étendards de la guerre se déploient et s'avancent. Plus de roi d'Angleterre, s'il n'est pas aussi roi de France!

(Tous sortent.)

SCÈNE III

Londres.--La maison de l'hôtesse Quickly, dans East-Cheap.

Entrent PISTOL, NYM, BARDOLPH, LE PAGE DE FALSTAFF ET L'HÔTESSE QUICKLY.

L'HÔTESSE, à Pistol.--Je t'en prie, mon coeur, mon cher petit mari, souffre que je te ramène à Staines.

PISTOL.--Non, mon grand coeur est tout navré. Allons, Bardolph, réveille ton humeur joviale; Nym, ranime tes bravades et ta verve; et toi, petit drôle, arme ton courage, car Falstaff est mort: il nous faut témoigner nos regrets.

BARDOLPH.--Je voudrais être avec lui quelque part, soit au ciel ou en enfer.

L'HÔTESSE.--Oh! certainement il n'est pas en enfer: il est dans le sein d'Arthur, si jamais homme y fut. Il a fait la plus belle fin; il a passé comme un enfant dans sa robe baptismale! Il était entre midi et une heure, quand il a passé: oui, précisément à la descente de la marée [12]; quand une fois j'ai vu qu'il commençait à chiffonner ses draps, à jouer avec des fleurs [13], et à rire en regardant le bout de ses doigts, j'ai bien vu qu'il n'y avait plus pour lui qu'un chemin à prendre; car il avait le nez aussi pointu que le bec d'une plume, et il parlait des champs verdoyants.--«Comment donc, sir John, lui dis-je? Qu'est-ce donc, cher homme? allons, prenez courage.» Mais il se mit à crier: Mon Dieu! mon Dieu! mon Dieu? trois ou quatre fois; et pour le réconforter, je lui dis qu'il ne devait pas penser à Dieu, que je ne croyais pas qu'il fût encore nécessaire de s'embarrasser la tête de ces pensées-là; mais il me dit pour toute réponse de lui couvrir davantage les pieds. Je mis ma main dans le lit pour les tâter, et ils étaient froids comme marbre. Je lui tâtai les genoux, et puis un peu plus haut, et de là un peu plus haut encore, mais tout était déjà froid comme marbre!