LE PAGE.--Ne vous souvenez-vous pas d'un jour qu'il aperçut une mouche sur le nez de Bardolph, et qu'il dit que c'était une âme damnée qui brûlait dans l'enfer?

BARDOLPH.--Eh bien, eh bien! l'aliment qui entretenait ce feu-là est au diable. Ce nez rubicond est toute la fortune que j'aie amassée à son service.

NYM.--Décamperons-nous, enfin? Le roi sera parti de Southampton.

PISTOL.--Allons, partons. Tends-moi tes lèvres, mon amour; aie bien soin de mes effets et de mes meubles; prends le bon sens pour guide. Choisissez et payez comptant, voilà tout ce que tu as à dire. Ne fais crédit à personne; car les serments ne sont que paille légère, et la foi des hommes ne vaut pas une feuille d'oublie; tiens bien est le meilleur chien de basse-cour, ma poulette; c'est pourquoi, prends caveto [14] pour ton conseiller. Va à présent essuyer tes yeux [15]. Allons, camarades, aux armes, partons pour la France; et comme des sangsues, mes amis, suçons, suçons jusqu'au sang.

Note 14:[ (retour) ] Caveto, prends garde, de la prudence.

Note 15:[ (retour) ] Quelques commentateurs disent: «Va essuyer les verres de ton hôtellerie.»

LE PAGE.--Ma foi, c'est une mauvaise nourriture, à ce qu'on dit.

PISTOL, au page.--Prends un baiser sur ses douces lèvres, et marche: allons.

BARDOLPH.--Adieu, notre hôtesse.

NYM.--Je ne saurais t'embrasser, moi; voilà le plaisant de la chose; mais ça n'y fait rien.--Adieu toujours.