LE PAGE.--Voilà qui est aussi bien, mais non pas aussi vrai que le chant d'un oiseau sur la branche.
(Arrive Fluellen.)
FLUELLEN, les poussant.--A la brèche, vous chiens, avancez, canaille!
PISTOL.--Doucement, doucement, grand duc; ne soyez pas si dur pour des hommes d'argile; calmez cette rage, ralentissez cette fougue; allons, de la douceur, mon poulet.
NYM, à Pistol.--Voilà ce qu'on appelle de la belle humeur, (à Fluellen) et Votre Seigneurie n'en a que de la mauvaise.
(Nym, Pistol et Bardolph sortent suivis de Fluellen.)
LE PAGE.--Tout jeune que je suis, j'ai bien observé ces trois ferrailleurs. Je ne suis certainement qu'un enfant auprès d'eux trois; mais tels qu'ils sont, s'ils voulaient me servir, il n'y en a pas un d'eux qui fût mon fait; car, par ma foi, ces trois originaux ne font pas ensemble la valeur d'un homme. Ce Bardolph, par exemple, il a le sang blanc et la figure rouge; il a du front, mais il ne se bat pas.--Et ce Pistol: il a une langue à tout tuer et une épée pacifique; ce qui fait qu'il estropie des mots tant qu'on veut, mais il n'entame pas une lance.--Quant à Nym, il a entendu dire que ceux qui parlent le moins sont les plus braves; voilà pourquoi il dédaigne de dire même ses prières, de peur de passer pour un lâche: mais s'il ne parle guère, il agit encore moins; car il n'a jamais cassé d'autre tête que la sienne, et encore était-ce contre une borne, un jour qu'il était ivre. Ces gens sont capables de voler tout ce qu'ils trouvent sous leurs mains; et le vol, ils l'appellent une acquisition. Bardolph a volé l'autre jour un étui de luth, l'a porté pendant douze lieues, et puis l'a vendu pour trois demi-sous. Ah! pour Nym et Bardolph, ce sont, ma foi! les deux doigts de la main en fait de filouterie. A Calais, je les ai vus voler une pelle à feu: ce qui m'a fait penser que ces gens-là avaient envie de devenir un jour porteurs de charbon [18]. Si je les avais crus, ils avaient bonne envie de me rendre aussi familier avec les poches des autres, que le sont les gants et le mouchoir, mais il n'est pas du tout dans mon caractère d'ôter de la bourse d'autrui pour mettre dans la mienne; car c'est le moyen d'empocher des affronts.... Ma foi, il faut que je les plante là et que je cherche quelque meilleure condition. Leur lâcheté me soulève le coeur; oui, il faut que je les plante là.
(Il s'en va.)
Note 18:[ (retour) ] Il paraît que porter des charbons était, du temps de Shakspeare, une expression proverbiale pour dire supporter un affront.
(Rentre Fluellen suivi de Gower.)