FLUELLEN.--Plaise à Votre Majesté, votre grand-père, de fameuse mémoire, et votre grand-oncle, Edouard le Noir, prince de Galles, à ce que j'ai lu dans les chroniques, ont soutenu une bien brave bataille ici en France.

LE ROI.--Il est vrai, Fluellen.

FLUELLEN.--Votre Majesté dit bien vrai. Si Votre Majesté s'en souvient, les Gallois ont été bien utiles dans un jardin où il y avait des poireaux, en portant des poireaux à leurs bonnets à la Monmouth; ce que Votre Majesté sait bien être encore aujourd'hui une marque honorable de ce service-là; et je crois bien aussi que Votre Majesté ne dédaigne pas, sans doute, de porter aussi le poireau à la Saint-David.

LE ROI.--Je le porte, sans doute, en signe d'un honneur mémorable; car je suis Gallois aussi moi-même, vous le savez, mon cher compatriote.

FLUELLEN.--Toute l'eau de la rivière Wye ne laverait pas le sang gallois qui coule dans les veines de Votre Majesté; je peux vous dire cela. Dieu vous bénisse, et vous conserve autant qu'il plaira à Sa Grâce et à Sa Majesté aussi.

LE ROI.--Je te rends grâces, mon cher compatriote.

FLUELLEN.--Par mon Jésus! je suis le compatriote de Votre Majesté, le sache qui voudra; je l'avouerai à toute la terre, je n'ai pas lieu de rougir de Votre Majesté. Dieu soit loué, tant que Votre Majesté sera un honnête homme.

LE ROI.--Dieu veuille me conserver tel. (Montrant le héraut de France.) Que nos hérauts l'accompagnent. Rapportez-moi au juste le nombre des morts de l'une et l'autre armée. (Le roi montrant Williams.) Qu'on m'appelle ce soldat que voilà.

EXETER.--Soldat, venez parler au roi.

LE ROI.--Soldat, pourquoi portes-tu ce gant à ton chapeau?