FLUELLEN.--Ah! c'est une bien bonne chose que les poireaux! Tenez, voilà quatre sous pour guérir votre tête.

PISTOL.--A moi, quatre sous!

FLUELLEN.--Oui, certainement; et en vérité vous les prendrez; ou bien j'ai encore un poireau dans ma poche que vous mangerez.

PISTOL.--Je prends tes quatre sous comme des arrhes de vengeance.

FLUELLEN.--Si je vous dois quelque chose, je vous payerai en coups de canne: vous serez marchand de bois, et vous n'achèterez de moi que des bâtons. Dieu vous accompagne, vous conserve et vous guérisse la tête!

(Il sort.)

PISTOL.--Mort de ma vie! je remuerai tout l'enfer pour venger cet affront.

GOWER.--Allez, vous n'êtes qu'un lâche rodomont. Comment osez-vous vous moquer d'une ancienne tradition, qui a pris sa source dans une circonstance honorable, et dont l'emblème se porte aujourd'hui comme un trophée, en mémoire de la mort des braves gens; surtout lorsque vous n'osez pas soutenir vos paroles par vos actions! Je vous ai déjà vu deux ou trois fois badiner, invectiver ce galant homme. Vous avez cru sans doute que, parce qu'il ne pouvait pas parler aussi bon anglais que ceux du pays, il ne saurait pas non plus manier un bâton anglais. Vous voyez aujourd'hui qu'il en est tout autrement. A commencer donc de ce jour, prenez cette correction galloise comme une bonne leçon anglaise. Adieu, portez-vous bien. (Il sort.)

PISTOL, seul.--Est-ce que la Fortune se joue de moi à présent! Je viens d'apprendre que ma chère Hélène est morte à l'hôpital, de la maladie de France, et voilà mon rendez-vous manqué. Je me fais vieux, et l'honneur vient d'être expulsé de mes membres affaiblis, à grands coups de bâton. Eh bien! je m'en vais me faire agent de plaisir, et suivre un peu mon penchant pour couper les bourses avec dextérité. Je m'en irai secrètement en Angleterre, et là je filouterai, et je mettrai des emplâtres sur ces cicatrices, et je jurerai que je les ai attrapées dans les guerres de France.

SCÈNE II