LA COMTESSE.--Est-ce là le fléau de la France? Est-ce là ce Talbot si redouté dans l'Europe, et dont le nom sert aux mères pour faire taire leurs enfants? Je vois à présent combien les récits sont fabuleux et trompeurs; je m'attendais à voir un Hercule, un second Hector, à l'aspect farouche, d'une vaste et forte stature. Eh! c'est un enfant, un nain ridicule; il ne se peut pas que cet avorton faible et ridé frappe ses ennemis d'une si grande terreur.
TALBOT.--Madame, j'ai pris la hardiesse de vous importuner; mais puisque Votre Seigneurie n'est pas libre, je choisirai quelque autre temps pour vous faire ma visite.
LA COMTESSE.--Que prétend-il? Allez lui demander où il va.
LE MESSAGER.--Daignez rester, milord Talbot: ma maîtresse désire savoir la cause de votre brusque départ.
TALBOT.--Hé mais, c'est parce que je vois qu'elle est dans l'erreur: je vais lui prouver que Talbot est ici.
(Rentre le concierge avec des clefs.)
LA COMTESSE.--Si tu es Talbot, tu es donc prisonnier.
TALBOT.--Prisonnier? Et de qui?
LA COMTESSE.--Le mien, lord altéré de sang: et voilà pourquoi je t'ai attiré chez moi. Depuis longtemps ton ombre est ma prisonnière, car ton portrait est pendu dans ma galerie. Aujourd'hui l'original subira le même sort, et j'enchaînerai tes bras et tes jambes à toi, qui, depuis tant d'années, as tyranniquement opprimé, ravagé ma patrie, égorgé nos citoyens, et envoyé dans les fers nos enfants et nos maris.
TALBOT.--Ha, ha, ha!