L'ÉCLAIREUR.--L'armée anglaise, qui était divisée en deux corps, est maintenant réunie en un seul, et se propose de vous livrer bataille à l'instant.

CHARLES.--Cet avis est un peu soudain; mais nous allons nous mettre en état de les recevoir.

LE DUC DE BOURGOGNE.--J'ai confiance; l'ombre de Talbot n'est pas au milieu d'eux: à présent que Talbot n'est plus, seigneur, vous ne devez plus vous alarmer.

LA PUCELLE.--De toutes les passions honteuses, la plus maudite est la peur. Commandez à la victoire, Charles, et la victoire est à vous. Que Henri écume de rage; et que l'univers murmure en voyant nos triomphes.

CHARLES.--Marchons, mes seigneurs. Et que la France soit heureuse!

(Ils sortent.)

SCÈNE IV

Une alarme.--Attaques.

Entre LA PUCELLE.

LA PUCELLE.--Le régent triomphe, et les Français fuient!--Venez à notre secours, paroles magiques, charmes puissants [17]; et vous, esprits d'élite qui m'instruisez de l'avenir et me faites prévoir les événements. (On entend un coup de tonnerre.) Vous, génies légers, qui servez sous les lois du souverain monarque du Nord, paraissez, et secondez-moi dans cette entreprise. (Paraissent des démons.) À cette prompte apparition, je reconnais votre obéissance ordinaire à ma voix. Maintenant, esprits familiers, qui sortez du redoutable empire des régions souterraines, assistez-moi aujourd'hui, et faites que la France ait la victoire! (Les démons se promènent en silence.) Ah! ne gardez pas plus longtemps ce morne silence.--Faut-il vous nourrir de mon propre sang? Je vais me couper un membre et vous le donner pour gage d'un plus riche salaire; consentez donc à m'assister. (Les démons baissent la tête.) N'est-il plus d'espoir de secours? --Eh bien, si vous m'accordez ma prière, mon corps sera le prix dont je payerai votre bienfait. (Les démons secouent la tête.) Quoi? le sacrifice de mon corps et de mon sang ne peuvent vous toucher et obtenir votre assistance accoutumée? Prenez donc mon âme. Oui, mon corps, mon sang, mon âme, tout, plutôt que de laisser la France succomber sous l'Angleterre. (Les démons s'évanouissent.) Hélas! ils m'abandonnent!--L'heure est donc venue où la France doit couvrir d'un voile son superbe panache et laisser tomber sa tête dans le giron de l'Angleterre. Mes anciens enchantements sont impuissants, et l'enfer est trop fort pour que je lutte contre lui. C'en est fait, ô France; ta gloire va tomber en poussière.