(Ils sortent.)

(Une alarme. Entre Suffolk tenant Marguerite par la main.)

SUFFOLK.--Soyez qui vous voudrez, vous êtes ma prisonnière. (Il la regarde.) Ô la plus belle de toutes les belles, ne crains rien, ne songe pas à fuir: je ne te toucherai que d'une main respectueuse; et je les pose doucement sur ton coeur. Je baise ces doigts en signe d'une paix éternelle. Qui es-tu? dis-le-moi afin que je te rende l'hommage qui t'est dû.

MARGUERITE.--Marguerite est mon nom: je suis fille d'un roi, du roi de Naples; apprends-le, qui que tu sois toi-même.

SUFFOLK.--Je suis comte, et je m'appelle Suffolk. Merveille de la nature, ne t'offense point du sort qui t'a fait ma captive; c'est ainsi que le cygne sauve ses petits du danger en les tenant emprisonnés sous ses ailes. Mais si ce droit de la guerre t'offense, va, sois libre comme l'amie de Suffolk. (Marguerite va pour s'éloigner.)--Ah! reste.--Je ne me sens pas le pouvoir de la laisser partir: ma main voudrait la laisser libre, mais mon coeur dit non. Telle que l'image du soleil dont les rayons se jouent dans l'onde pure, telle paraît à mes yeux cette beauté ravissante.--Je voudrais lui faire ma cour, mais je n'ose lui parler. Je vais demander une plume et de l'encre et lui écrire ma pensée.--Allons donc, Suffolk, aie plus de confiance en toi. N'as-tu pas une langue? n'est-elle pas ta captive? Seras-tu dompté par la vue d'une femme?--Oh! la majesté de la beauté est si souveraine qu'elle enchaîne la langue et confond tous les sens.

MARGUERITE.--Dis, comte de Suffolk, si tel est ton nom, quelle rançon faudra-t-il que je paye pour obtenir ma liberté? car je vois que je suis ta prisonnière.

SUFFOLK, à part.--Comment peux-tu être sûr qu'elle dédaignera tes voeux avant d'avoir essayé de gagner son amour?

MARGUERITE.--Pourquoi ne parles-tu pas? Quelle rançon dois-je payer?

SUFFOLK, à part.--Elle est belle, et dès lors faite pour être adorée; elle est femme, et dès lors faite pour être conquise.

MARGUERITE.--Veux-tu accepter une rançon, oui ou non?