YORK.--Va tomber en lambeaux et te réduire en cendres, ministre maudit de l'enfer.
(Entre l'évêque de Winchester, cardinal de Beaufort.)
LE CARDINAL.--Lord régent, je salue Votre Grâce, et vous remets des lettres du roi. Apprenez, milord, que les puissances de la chrétienté, émues de pitié à la vue de ces sanglantes querelles, ont sollicité avec les plus vives instances une paix générale entre nous et l'ambitieuse France.--Et voyez le dauphin et sa suite qui s'avancent pour conférer avec nous sur les articles.
YORK.--Est-ce là tout le fruit de notre expédition? Après le meurtre de tant d'illustres lords, de tant de braves guerriers, capitaines et soldats, qui ont été immolés dans cette querelle et ont vendu leur vie pour leur patrie, finirons-nous par conclure une paix honteuse? N'avons-nous pas perdu par trahison, par fraude, la plupart des villes qu'avaient conquises nos illustres ancêtres? O Warwick, Warwick, je prévois avec douleur la perte complète de tout le royaume de France.
WARWICK.--Calmez-vous, York: si nous signons une paix, ce sera à des conditions si rigoureuses et si sévères, que les Français en retireront peu d'avantage.
(Entrent Charles, Alençon, le Bâtard et René.)
CHARLES.--Lords d'Angleterre, puisqu'il est arrêté qu'il sera proclamé une trêve en France, nous venons savoir de vous-mêmes quelles doivent être les conditions du traité.
YORK.--Parlez, Winchester: car la bouillante colère me suffoque et étouffe ma voix à la vue de nos mortels ennemis.
LE CARDINAL.--Charles, et vous, princes de France, voici les clauses: Qu'en reconnaissance de ce que le roi Henri, ému de compassion, et par pure clémence, consent à soulager votre pays des calamités de la guerre, et à vous laisser respirer au sein d'une heureuse paix, vous vous reconnaîtrez les vassaux fidèles de sa couronne. Et vous, Charles, à condition que vous ferez serment de lui payer tribut, et l'hommage de votre soumission, vous serez établi en qualité de vice-roi sous ses ordres, et vous n'en jouirez pas moins de la dignité royale.
ALENÇON.--Quoi! faudra-t-il qu'il ne soit plus que l'ombre de lui-même? qu'il orne son front d'une couronne, et qu'en réalité et en autorité il ne conserve que le privilége d'un simple sujet? Cette offre est absurde et dénuée de toute raison.