LE ROI.--Si c'est l'impression puissante que m'a faite votre récit, mon noble lord Suffolk, ou si c'est que mon jeune coeur n'a jamais encore senti l'atteinte des flammes de l'amour, c'est ce que je ne puis expliquer: mais il est certain que je sens un trouble si violent dans mon âme, de si vives alarmes de crainte et d'espérance, que je suis fatigué et malade du tumulte de mes pensées. Allez donc vous embarquer: pressez votre arrivée en France, convenez de toutes les conditions, et faites tout pour que la belle Marguerite consente à traverser les mers, et vienne en Angleterre se voir couronner la reine fidèle et sacrée du roi Henri. Pour fournir aux dépenses et aux honneurs de votre ambassade, levez un dixième sur le peuple, et partez sans délai, car jusqu'à votre retour je vais être agité de mille soucis.--Et vous, mon cher oncle, bannissez tout reproche; si vous jugez ma faiblesse sur ce que vous fûtes autrefois, et non sur ce que vous êtes aujourd'hui, je suis sûr que vous pardonnerez cette soudaine exécution de ma volonté.--Allez, conduisez-moi dans un lieu où, loin de tout témoin, je puisse me livrer sans contrainte aux pensées qui tourmentent mon âme.
(Il sort.)
GLOCESTER.--Oui, je crains bien que les tourments qui commencent avec ce dessein ne cessent plus désormais.
(Glocester et Exeter sortent.)
SUFFOLK, seul.--Ainsi, Suffolk l'emporte: et comme autrefois Pâris s'embarqua pour la Grèce, il part aujourd'hui pour la France, avec l'espoir de rencontrer la même fortune en amour, mais de prospérer plus heureusement que ne fit le Troyen. Marguerite sera reine, et gouvernera le roi: et moi je gouvernerai la reine, le roi et le royaume.
(Il sort.)
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.