(Tous ouvrent leurs lettres et les lisent.)
OXFORD.--Je vois avec satisfaction que notre belle reine et maîtresse sourit aux nouvelles qu'elle apprend, tandis que le front de Warwick s'obscurcit en lisant les siennes.
LE PRINCE ÉDOUARD.--Et tenez, faites attention: Louis frappe du pied comme s'il était courroucé.--J'espère que tout est pour le mieux.
LE ROI LOUIS.--Warwick, quelles sont tes nouvelles? Et les vôtres, belle reine?
MARGUERITE.--Les miennes remplissent mon coeur d'une joie inespérée.
WARWICK.--Les miennes ont rempli le mien de tristesse et d'indignation.
LE ROI LOUIS.--Comment? Votre roi a épousé lady Grey? Et il m'écrit pour pallier votre fourberie et la sienne, en m'engageant à prendre la chose de bon coeur! Est-ce là l'alliance qu'il cherche avec la France? Ose-t-il avoir l'audace de nous insulter ainsi?
MARGUERITE.--J'en avais averti Votre Majesté. Voilà la preuve de l'amour d'Édouard, et de l'honnêteté de Warwick.
WARWICK.--Roi Louis, je proteste ici, à la face du ciel, et sur l'espérance de mon bonheur éternel, que je suis innocent de ce mauvais procédé d'Édouard; car il n'est plus mon roi, quand il me fait rougir à ce point, et il rougirait encore plus lui-même, s'il pouvait voir sa honte.--Ai-je donc oublié que c'est pour le fait de la maison d'York que mon père est mort avant le temps? Ai-je fermé les yeux sur l'outrage fait à ma nièce [12], ai-je ceint son front de la couronne royale, ai-je dépouillé Henri des droits de sa naissance, pour me voir enfin payer par cet affront? Que l'affront retombe sur lui-même! car ma récompense est l'honneur; et, pour recouvrer l'honneur que j'ai perdu pour lui, je le renonce ici, et je me rattache à Henri.--Ma noble reine, oublions nos anciennes animosités, désormais je suis ton fidèle serviteur. Je vengerai l'insulte faite à la princesse Bonne et rétablirai Henri dans son ancienne puissance.
Note 12:[ (retour) ] Les chroniques nous apprennent qu'Édouard avait tenté de déshonorer la nièce ou la fille du comte de Warwick, on ne sait laquelle des deux.
C'est à la bataille de Wakefield, où périt le duc d'York, que le comte de Salisbury avait été pris; il fut décapité le lendemain, à Pomfret.