WARWICK.--Richard et Hastings: laissons-les: nous tenons ici le duc.
LE ROI ÉDOUARD.--Le duc! Quoi, Warwick! la dernière fois que tu m'as quitté, tu m'appelais roi.
WARWICK.--Oui; mais les temps sont changés. Depuis que vous m'avez déshonoré dans mon ambassade, moi, je vous ai dégradé du rang de roi, et je viens aujourd'hui vous créer duc d'York.... Eh! comment pourriez-vous gouverner un royaume, vous qui ne savez ni vous bien conduire envers vos ambassadeurs, ni vous contenter d'une seule femme, ni traiter vos frères fraternellement, ni travailler au bonheur des peuples, ni vous garantir vous-même de vos ennemis?
LE ROI ÉDOUARD.--Quoi, mon frère Clarence, te voilà aussi!--Ah! je vois bien maintenant qu'il faut qu'Édouard succombe.--Cependant, Warwick, en dépit du malheur, en dépit de toi et de tous tes complices, Édouard se conduira toujours en roi: et si la malice de la fortune renverse ma grandeur, mon âme est hors de la portée de sa roue.
WARWICK.--Eh bien, que dans son âme Édouard demeure roi d'Angleterre; (lui ôtant sa couronne) Henri portera la couronne d'Angleterre, et sera un vrai roi; toi, tu n'en seras que l'ombre.--Milord Somerset, chargez-vous, je vous prie, de faire conduire sur-le-champ le duc Édouard chez mon frère, l'archevêque d'York. Quand j'aurai combattu Pembroke et ses partisans, je vous suivrai, et je porterai à Édouard la réponse que lui envoient Louis et la princesse Bonne. Jusque-là, adieu pour quelque temps, mon bon duc d'York.
LE ROI ÉDOUARD.--Ce qu'impose la destinée, il faut que l'homme le supporte. Il est inutile de vouloir résister contre vent et marée.
(Sortent le roi Édouard et Somerset.)
OXFORD.--Que nous reste-t-il maintenant à faire, milords, sinon de marcher droit à Londres avec nos soldats?
WARWICK.--Oui, voilà quel doit être notre premier soin. Délivrons Henri de sa prison, et replaçons-le sur le trône des rois.
(Ils sortent.)