SOMERSET.--Milord, je n'aime point cette évasion d'Édouard; car, il n'en faut pas douter, la Bourgogne lui donnera des secours, et nous allons de nouveau avoir la guerre avant qu'il soit peu. Si la prédiction dont Henri vient de nous présager l'accomplissement a rempli mon coeur de joie par les espérances qu'elle me fait naître sur ce jeune Richmond, le coeur me dit également que dans ces démêlés il peut arriver beaucoup de choses funestes pour lui et pour nous. Ainsi, lord Oxford, pour prévenir le pire, nous allons l'envoyer, sans tarder, en Bretagne jusqu'à ce que les orages de cette guerre civile soient dissipés.

OXFORD.--Votre avis est sage; car si Édouard remonte sur le trône, il y a tout lieu de craindre que Richmond ne tombe avec le reste.

SOMERSET.--Cela ne saurait manquer; il va donc partir pour la Bretagne: n'y perdons pas de temps.

(Ils sortent.)

SCÈNE VII

Devant York.

Entrent LE ROI ÉDOUARD, GLOCESTER, HASTINGS, soldats.

LE ROI ÉDOUARD.--Ainsi donc, mon frère Richard, Hastings, et vous tous, mes amis, la fortune veut réparer tout à fait ses torts envers nous, et dit que j'échangerai encore une fois mon état d'abaissement contre la couronne royale de Henri. Nous avons passé et repassé les mers, et ramené de Bourgogne le secours désiré. Maintenant que nous voilà arrivés du port de Ravenspurg devant les portes d'York, que nous reste-t-il à faire que d'y rentrer comme dans notre duché?

GLOCESTER.--Quoi, les portes fermées!--Mon frère, je n'aime pas cela. C'est en bronchant sur le seuil de leur demeure que bien des gens ont été avertis du danger qui les attendait au dedans.

LE ROI ÉDOUARD.--Allons donc, mon cher, ne nous laissons pas effrayer par les présages: de gré ou de force, il faut que nous entrions, car c'est ici que nos amis viendront nous joindre.