WARWICK.--Tenez, voilà George de Clarence, qui fait voler la poussière sous ses pas; assez fort à lui seul pour livrer bataille à son frère. Un juste zèle pour le bon droit l'emporte, dans son coeur, sur la nature et l'amour fraternel.--Viens, Clarence, viens: tu seras docile à la voix de Warwick.

CLARENCE.--Beau-père Warwick, comprenez-vous ce que cela veut dire? (Il arrache la rose rouge de son casque.) Vois, je rejette à ta face mon infamie. Je n'aiderai pas à la ruine de la maison de mon père, qui en a cimenté les pierres de son sang, pour élever celle de Lancastre.--Comment as-tu pu croire, Warwick, que Clarence fût assez sauvage, assez stupide, assez dénaturé, pour tourner les funestes instruments de la guerre contre son roi légitime? Peut-être m'objecteras-tu mon serment religieux: mais le tenir, ce serment, serait un acte plus impie que ne fut celui de Jephté sacrifiant sa fille. J'ai tant de douleur de ma faute, que, pour bien mériter de mon frère, je me déclare ici solennellement ton ennemi mortel; déterminé, quelque part que je te joigne, comme j'espère bien te joindre si tu sors de tes murs, à te punir de m'avoir si odieusement égaré.--Ainsi, présomptueux Warwick, je te défie, et je tourne vers mon frère mes joues rougissantes.--Pardonne-moi, Édouard; j'expierai mes torts: et toi, Richard, ne jette plus sur mes fautes un regard sévère; désormais, je ne serai plus inconstant.

LE ROI ÉDOUARD.--Sois donc encore mieux le bienvenu, et dix fois plus cher que si tu n'avais jamais mérité notre haine.

GLOCESTER.--Sois le bienvenu, bon Clarence: c'est là se conduire en frère.

WARWICK.--O insigne traître! parjure et rebelle!

LE ROI ÉDOUARD.--Eh bien, Warwick, veux-tu quitter tes murs et combattre? ou nous allons en faire tomber les pierres sur ta tête.

WARWICK.--Hélas! je ne suis pas ici en état de me défendre. Je marche à l'instant vers Barnet, pour te livrer bataille, Édouard, si tu oses l'accepter.

LE ROI ÉDOUARD.--Oui, Warwick: Édouard l'ose, et il te montre le chemin.--Lords, en plaine. Saint George et victoire!

(Marche. Il sortent tous.)

SCÈNE II