CAPUCIUS.--Très-volontiers, madame.
CATHERINE.--J'y recommande à sa bonté l'image de nos chastes amours, sa jeune fille. Que la rosée du ciel tombe sur elle, abondante en bénédiction! Je le prie de lui donner une vertueuse éducation. Elle est jeune, et d'un caractère noble et modeste: j'espère qu'elle saura bien mériter; je lui demande de l'aimer un peu en considération de sa mère, qui l'a aimé, lui, le ciel sait avec quelle tendresse! Ensuite ma seconde et humble prière est que Sa Majesté prenne quelque pitié de mes femmes désolées, qui ont si longtemps et si fidèlement suivi mes fortunes diverses: il n'y en a pas une seule parmi elles, je puis le déclarer (et je ne voudrais pas mentir à cet instant), qui par sa vertu et par la beauté de son âme, par l'honneur et la décence de sa conduite, ne puisse prétendre à un bon et honnête mari, fût-ce un noble; et sûrement ceux qui les auront pour épouses seront des maris heureux.--Ma dernière prière est pour mes domestiques.--Ils sont bien pauvres; mais la pauvreté n'a pu les détacher de moi.--Qu'ils aient leurs gages exactement payés, et quelque chose de plus pour se souvenir de moi. S'il avait plu au ciel de m'accorder une plus longue vie et quelques moyens de les récompenser, nous ne nous serions pas séparés ainsi.--Mon bon seigneur, au nom de ce que vous aimez le mieux dans ce monde, et si vous désirez chrétiennement le repos des âmes trépassées, soyez l'ami de ces pauvres gens, et pressez le roi de me rendre cette dernière justice.
CAPUCIUS.--Par le ciel, je le ferai, ou puisse-je n'être plus considéré comme un homme!
CATHERINE.--Je vous remercie, honnête seigneur. Rappelez-moi en toute humilité à Sa Majesté; dites-lui que ses longs déplaisirs vont s'éloigner de ce monde. Dites-lui que je l'ai béni à l'instant de ma mort, car je le ferai.--Mes yeux s'obscurcissent... Adieu, seigneur.--Griffith, adieu.--Non, pas à vous, Patience, vous ne devez pas me quitter encore.--Conduisez-moi à mon lit.--Appelez d'autres femmes.--Quand je serai morte, chère fille, ayez soin que je sois traitée avec honneur; couvrez-moi de fleurs virginales, afin que l'univers sache que je fus une chaste épouse jusqu'à mon tombeau: qu'on m'y dépose après m'avoir embaumée. Quoique dépouillée du titre de reine, cependant qu'on m'enterre comme une reine et la fille d'un roi. Je n'en peux plus...
(Ils sortent tous conduisant Catherine.)
FIN DU QUATRIÈME ACTE.
ACTE CINQUIÈME
SCÈNE I
Une galerie du palais.
GARDINER, évêque de Winchester, paraît précédé d'un PAGE qui porte un flambeau. Il est rencontré par SIR THOMAS LOVEL.