OCTAVE.—Fais-le, Messala.
MESSALA.—Comment est mort mon général, Straton?
STRATON.—J'ai tenu son épée, il s'est jeté sur le fer.
MESSALA.—Octave, prends donc à ta suite celui qui a rendu le dernier service à mon maître.
ANTOINE.—Ce fut là le plus noble Romain d'entre eux tous. Tous les conspirateurs, hors lui seul, n'ont fait ce qu'ils ont fait que par jalousie du grand César: lui seul entra dans leur ligue par un principe vertueux et de bien public. Sa vie fut douce; les éléments de son être étaient si heureusement combinés, que la nature put se lever et dire à l'Univers: C'était un homme[50].
OCTAVE.—Rendons-lui le respect et les devoirs funèbres que mérite sa vertu. Son corps reposera cette nuit dans ma tente, environné de tous les honneurs qui conviennent à un soldat. Rappelons l'armée sous les tentes, et allons jouir ensemble de la gloire de cette heureuse journée.
(Ils sortent.)
Note 50:[ (retour) ] Plutarque rapporte dans la Vie d'Antoine que celui-ci ayant trouvé le corps de Brutus, lui dit d'abord quelques injures, «mais ensuite il le couvrit de sa propre cotte d'armes, et donna ordre à l'un de ses serfs affranchis qu'il meist ordre à sa sépulture: et depuis ayant entendu que le serf affranchi n'avoit pas fait brûler la cotte d'armes avec le corps pour autant qu'elle valoit beaucoup d'argent, et qu'il avoit substrait une bonne partie des deniers ordonnés pour ses funérailles et pour sa sépulture, il l'en feït mourir.»
FIN DU CINQUIÈME ET DERNIER ACTE.