BRUTUS.—Ces exhalaisons qui sifflent à travers les airs jettent tant de clarté, que je puis lire à leur lumière.
(Il ouvre le billet et le lit.)
Brutus tu dors: réveille-toi, vois qui tu es. Faudra-t-il que Rome...? Parle, frappe, rétablis nos droits.—Brutus tu dors, réveille-toi.—J'ai trouvé souvent de pareilles instigations jetées sur mon passage: Faudra-t-il que Rome...? Voici ce que je dois suppléer: Faudra-t-il que Rome demeure tremblante sous un homme? Qui! Rome? Mes ancêtres chassèrent des rues de Rome ce Tarquin qui portait le nom de roi.—Parle, frappe, rétablis nos droits. Ainsi donc on me presse de parler et de frapper. O Rome! je t'en fais la promesse: s'il en résulte le rétablissement de tes droits, tu obtiendras de la main de Brutus tout ce que tu demandes.
(Rentre Lucius.)
LUCIUS.—Seigneur, mars a consumé quatorze de ses jours.
BRUTUS.—Il suffit. (On frappe derrière le théâtre.) Va à la porte, quelqu'un frappe. (Lucius sort.) Depuis que Cassius a commencé à m'exciter contre César, je n'ai point dormi.—Entre la première pensée d'une entreprise terrible et son exécution, tout l'intervalle est comme une vision fantastique ou un rêve hideux. Le génie de l'homme et les instruments de mort tiennent alors conseil, et l'état de l'homme offre en petit celui d'un royaume où s'agitent tous les éléments de l'insurrection.
(Rentre Lucius.)
LUCIUS.—Seigneur, c'est votre frère Cassius qui est à la porte; il demande à vous voir.
BRUTUS.—Est-il seul?
LUCIUS.—Non, seigneur, il y a plusieurs personnes avec lui.