PORCIA.—Si cela était vrai, je saurais déjà ce secret. Je suis une femme, j'en conviens, mais une femme que le grand Brutus a prise pour épouse. Je suis une femme, j'en conviens, mais une femme de bon renom, la fille de Caton. Pensez-vous que je ne sois pas plus forte que mon sexe, fille d'un tel père et femme d'un tel époux? Dites-moi ce que vous méditez, je ne le révélerai point. J'ai voulu fortement éprouver ma constance; je me suis fait une blessure ici à la cuisse: capable de soutenir ceci avec patience, pourrais-je ne pas l'être de porter les secrets de mon mari?

BRUTUS.—O vous, dieux, rendez-moi digne de cette noble épouse. (On frappe derrière le théâtre.) Écoutez, écoutez, on frappe.—Porcia, rentre un moment, et bientôt ton sein va partager tous les secrets de mon coeur; je te développerai tous mes engagements et tout ce qui est écrit sur mon triste front[31]. Retire-toi promptement. (Porcia sort.)—Lucius, qui est-ce qui frappe?

Note 31:[ (retour) ] All the charactery of my sad brows. Voltaire traduit:

Va, mes sourcils froncés prennent un air plus doux.

LUCIUS.—Il y a là un homme malade qui voudrait vous entretenir.

BRUTUS.—C'est Caïus Ligarius, dont Métellus nous a parlé. Lucius, éloigne-toi.—Caïus Ligarius, comment êtes-vous?

LIGARIUS.—Recevez le bonjour que vous adresse une voix bien faible.

BRUTUS.—Oh! quel temps avez-vous choisi, brave Caïus, pour garder votre bonnet de nuit? Que je voudrais que vous ne fussiez pas malade!

LIGARIUS.—Je ne suis plus malade, si Brutus a en main quelque exploit digne d'être marqué du nom de l'honneur.

BRUTUS.—J'aurais en main un exploit de ce genre, Ligarius, si pour l'entendre vous aviez l'oreille de la santé.

LIGARIUS.—Par tous les dieux devant qui se prosternent les Romains, je chasse loin de moi mon infirmité. Âme de Rome, fruit généreux des reins d'un père respecté, comme un exorciste tu as conjuré l'esprit de maladie. Ordonne-moi d'aller en avant, et mes efforts tenteront des choses impossibles; que dis-je! ils en viendront à bout.—Que faut-il faire?