(L'abbesse sort.)

LUCIANA.—Plaignez-vous au duc de cette indignité.

ADRIANA.—Allons, venez: je tomberai prosternée à ses pieds, et je ne m'en relève point que mes larmes et mes prières n'aient engagé Son Altesse à se transporter en personne au monastère, pour reprendre de force mon mari à l'abbesse.

LE MARCHAND.—L'aiguille de ce cadran marque, je crois, cinq heures. Je suis sûr que dans ce moment le duc lui-même va se rendre en personne dans la sombre vallée, lieu de mort et de tristes exécutions, derrière les fossés de cette abbaye.

ANGELO.—Et pour quelle cause y vient-il?

LE MARCHAND.—Pour voir trancher publiquement la tête à un respectable marchand de Syracuse qui a eu le malheur d'enfreindre les lois et les statuts de cette ville, en abordant dans cette baie.

ANGELO.—En effet, les voilà qui viennent: nous allons assister à sa mort.

LUCIANA, à sa soeur.—Jetez-vous aux pieds du duc, avant qu'il ait passé l'abbaye.

(Entrent le duc avec son cortège, Ægéon, la tête nue, le bourreau, des gardes et autres officiers.)

LE DUC, à un crieur public.—Proclamez encore une fois publiquement que s'il se trouve quelque ami qui veuille payer la somme pour lui, il ne mourra point, tant nous nous intéressons à son sort!