DROMIO d'Éphèse.—Il n'y a pas encore une heure, monsieur, que j'étais son esclave lié: mais lui, je l'en remercie, il a coupé deux cordes avec ses dents; et maintenant je suis Dromio et son esclave, mais délié.
ÆGÉON.—Je suis sur que tous deux vous vous souvenez de moi.
DROMIO d'Éphèse.—Nous nous souvenons de nous-mêmes, monsieur, en vous voyant; car il y a quelques instants que nous étions liés, comme vous l'êtes à présent. Vous n'êtes pas un malade de Pinch, n'est-ce pas, monsieur?
ÆGÉON, à Antipholus.—Pourquoi me regardez-vous comme un étranger? Vous me connaissez bien.
ANTIPHOLUS d'Éphèse.—Je ne vous ai jamais vu de ma vie, jusqu'à ce moment.
ÆGÉON.—Oh! le chagrin m'a changé depuis la dernière fois que vous m'avez vu: mes heures d'inquiétude, et la main destructrice du temps ont gravé d'étranges traces sur mon visage. Mais dites-moi encore, ne reconnaissez-vous pas ma voix?
ANTIPHOLUS d'Éphèse.—Non plus.
ÆGÉON.—Et toi, Dromio?
DROMIO d'Éphèse.—Ni moi, monsieur, je vous l'assure.
ÆGÉON.—Et moi je suis sûr que tu la reconnais.