BAPTISTA.--Que dis-tu, vieilles et nouvelles à la fois! Comment cela se peut-il?
BIONDELLO.--Quoi! ne sont-ce pas des nouvelles, que de vous apprendre l'arrivée de Petruchio?
BAPTISTA.--Est-il arrivé?
BIONDELLO.--Et vraiment non, monsieur.
BAPTISTA.--Quoi donc?
BIONDELLO.--Mais il arrive.
BAPTISTA.--Quand sera-t-il ici?
BIONDELLO.--Quand il sera à la place où je suis, et qu'il vous verra, comme je vous vois.
TRANIO.--Mais voyons, qu'entends-tu par tes vieilles nouvelles?
BIONDELLO.--Eh bien! Petruchio arrive avec un chapeau neuf, un vieux justaucorps, un haut-de-chausses retourné pour la troisième fois: une paire de bottes qui ont longtemps servi d'étui aux bouts de chandelles, l'une bouclée, l'autre lacée; une vieille épée rouillée, prise dans l'arsenal de la ville, dont la garde est rompue, sans fourreau; un cheval déhanché avec une selle rongée des mites, et des étriers qui ne s'accordent pas; le cheval qui est infecté de la morve, et efflanqué des reins comme un rat, affligé d'un lampas au palais, atteint du farcin, rempli d'écorchures, empêtré d'épervins, rayé de jaunisse, avec des avives incurables, tout à fait pelé par les vertigos, rongé par les tranchées, tout contrefait, les épaules déboîtées, les jambes serrées à se couper, avec une bride qui n'a qu'une guide, et une têtière de peau de mouton, et qui, pour le tenir de court, afin de l'empêcher de broncher, a été cent fois rompue et raccommodée avec des noeuds; une sangle en six morceaux, et une croupière de velours pour femme, marquée de deux lettres de son nom, bien garnie de clous, et rapiécée en mille endroits avec de la ficelle.