PETRUCHIO.--Il est tout brûlé, et tout le souper aussi. Quels chiens sont ces gens-ci? Où est ce maraud de cuisinier? Comment avez-vous eu l'audace, misérables, de le prendre à l'office, et de me le servir comme cela, à moi qui ne l'aime point? Allons, emportez cela, couteaux, verres et tout. (Il jette le souper sur le plancher.) Oh! stupides automates, valetaille sans attention, sans égards! Comment, vous murmurez, je crois, entre vos dents? Je vais être à vous tout à l'heure.

CATHERINE.--Je vous en conjure, cher époux, ne vous emportez pas ainsi. Le souper était bien, si vous aviez voulu vous en contenter.

PETRUCHIO.--Je vous dis, Catherine, qu'il était brûlé et tout desséché; et l'on m'a expressément défendu d'en manger de la sorte, parce que cela engendre de la bile et aigrit l'humeur colérique; et il vaut encore mieux, pour nous, nous passer de souper, nous qui par notre constitution, sommes irascibles, que de nous nourrir de pareille viande, desséchée à force de cuire... Soyez tranquille; demain cela ira mieux; mais pour ce soir, nous jeûnerons de compagnie.--Allons, venez, je vais vous conduire à votre appartement de noces.

(Petruchio, Catherine et Curtis sortent.)

NATHANIEL, s'avançant.--Pierre, as-tu jamais rien vu de pareil?

PIERRE.--Il la tue avec ses propres armes.

(Curtis reparaît.)

GRUMIO, à Curtis.--Où est-il?

CURTIS.--Dans la chambre de madame, lui faisant un sermon de continence; et il tempête, et il jure, et il crie, de façon que la pauvre chère âme ne sait à quelle place se mettre, et n'ose ni le regarder ni ouvrir la bouche. Elle est assise comme une personne qu'on réveille en sursaut au milieu de son rêve.--Décampons, décampons: le voilà qui revient ici.

(Ils sortent.)