CATHERINE, à Vincentio.--Pardon, vénérable vieillard; c'est une méprise de mes yeux, qui ont été si éblouis du soleil, que tout ce que je vois me paraît vert; je reconnais bien à présent que vous êtes un vieillard respectueux. Excusez, je vous prie, ma folle erreur.

PETRUCHIO, à Vincentio.--Oui, excusez-la, vénérable vieillard, et daignez nous apprendre de quel côté vous voyagez: si vous suivez notre chemin, nous serons ravis d'avoir votre compagnie.

VINCENTIO.--Beau cavalier,--et vous, ma joyeuse dame, qui m'avez étrangement surpris au premier abord, mon nom est Vincentio, ma demeure est à Pise, et je vais à Padoue pour y faire visite à un mien fils que je n'ai pas vu depuis longtemps.

PETRUCHIO.--Quel est son nom?

VINCENTIO.--Lucentio, noble cavalier.

PETRUCHIO.--La rencontre est on ne peut pas plus heureuse, et plus heureuse encore pour votre fils; car, maintenant, la loi aussi bien que votre âge vénérable, m'autorisent à vous appeler mon tendre père. La soeur de ma femme, de cette dame que vous voyez, votre fils vient de l'épouser tout récemment.--N'en soyez ni surpris, ni affligé. La personne jouit d'une excellente réputation: sa dot est opulente et sa naissance très-honnête. De plus, elle a toutes les qualités qui conviennent à l'épouse de tout noble gentilhomme. Que j'embrasse le vénérable et bon Vincentio! et voyageons ensemble pour aller voir votre estimable fils; votre arrivée va le combler de joie.

VINCENTIO.--Mais, me dites-vous la vérité? Ou, comme les voyageurs d'humeur joviale, vous étudiez-vous à débiter des plaisanteries à ceux que vous rencontrez sur votre route?

HORTENSIO.--Je vous assure, mon père, que c'est la vérité.

PETRUCHIO.--Avançons, et allons en être les témoins oculaires, car je vois que la plaisanterie de notre début avec vous vous laisse des soupçons.

HORTENSIO.--Fort bien, Petruchio: cela m'encourage. Je vais joindre ma veuve, et si elle est d'humeur chagrine et acariâtre, tu m'auras appris à être plus méchant qu'elle.