VII.--Elle les baigna souvent de ses larmes abondantes, elle les embrassa souvent, et souvent aussi elle parut sur le point de les mettre en pièces; elle s'écria: «O sang trompeur! ô toi, écrivain de mensonge, quel terrible témoignage ne rends-tu pas? L'encre semblerait ici plus noire et plus criminelle!» Cela dit, elle déchire dans sa rage les lignes, et sa fureur les réduit en mille fragments. Un homme vénérable qui faisait paître son troupeau; homme jadis lancé dans le monde, qui connaissait bien le tourbillon de la cour et de la ville, et qui avait laissé couler les heures rapides, en observant leur marche, vint trouver cette pauvre âme affligée, et grâce au privilège de son âge, il lui demanda de lui dire en peu de mots la cause et les motifs de son chagrin.

VIII.--Il s'appuie sur son bâton noueux et vient doucement s'asseoir à ses côtés; puis une fois près d'elle, il lui demande de nouveau de confier à son oreille la cause de son affliction; s'il peut trouver un remède qui apporte quelque soulagement à l'excès de sa douleur, il le lui promet avec la charité d'un vieillard.

IX.--«Mon père, dit-elle, quoique vous voyiez en moi les ravages qu'ont fait pins d'une heure d'angoisse, ne croyez pas que je sois vieille; c'est le chagrin, et non l'âge, qui a eu sur moi cet empire: je pourrais être encore une fleur qui s'épanouit dans toute sa fraîcheur, si j'avais su n'aimer que moi, et me refuser à tout autre amour. Mais hélas! je prêtai trop tôt l'oreille aux prières (faites pour gagner mon coeur) d'un être si richement doué par la nature à l'extérieur, que les yeux des jeunes filles ne pouvaient se détacher de son visage l'amour n'avait pas de demeure; il vint se fixer chez lui, et lorsqu'il fut installé dans ce corps si beau, il devint doublement divin.

X.--«Ses cheveux brunissants tombaient en boucles ondoyantes, et chaque léger souffle du vent pressait sur ses lèvres leurs masses soyeuses. Ce qui est doux à faire trouve facilement à se faire; tous les regards étaient charmés en le contemplant, car on retrouvait en petit, sur son visage, ce qui fut jadis abondamment semé dans le paradis.

XI.--«La virilité ne paraissait encore guère sur son visage: son duvet de phénix commençait seulement à se montrer, comme du velours encore inégal, sur cette peau incomparable, dont la finesse surpassait le tissu qu'elle semblait porter; cependant son visage en paraissait encore plus précieux, et la tendre affection hésitait à prononcer s'il était plus beau avec ou sans cette parure.

XII.--«Ses qualités égalaient sa beauté, car il avait la langue aussi douce et aussi rapide qu'une jeune fille: et cependant, si les hommes l'irritaient, il devenait furieux comme les ouragans qui se déchaînent entre mai et avril, quand le vent souffle doucement, quoiqu'il puisse revêtir une extrême violence. Sa jeunesse et sa fougue recouvraient ce mensonge de l'orgueil de la vérité.

XIII.--«Comme il montait à cheval! Souvent les hommes disent que le coursier prend son ardeur de son cavalier: impatient de porter le joug, noble dans sa soumission, quels détours, quels bonds, quelles courses, quels arrêts il savait faire! Ici l'on se demandait si le cheval devenait sa créature, ou s'il se laissait gouverner par son admirable coursier.

XIV.--«Mais bientôt la réponse était trouvée; sa grâce naturelle donnait de la vie et du charme à tout ce qui lui appartenait et aux ornements: il était accompli en tout par lui-même, et n'avait pas besoin d'une parure extérieure: tout ce qu'il ajoutait à sa beauté devenait plus beau en étant près de lui; les objets les plus élégants n'ajoutaient pas à sa grâce, mais acquéraient de la grâce en l'approchant.

XV.--«Sa langue pleine d'autorité savait faire usage de toute espèce d'arguments et de questions profondes, de promptes répliques et de raisonnements puissants; il savait les faire naître et les assoupir; il savait faire rire les coeurs tristes et faire pleurer les esprits joyeux; il avait les talents divers et l'habileté de savoir parler à toutes les passions dans son adroite volonté.

XVI.--«Il régnait dans le coeur de tous, des jeunes comme des vieux; et les deux sexes, également charmés, demeuraient avec lui par la pensée, ou restaient autour de lui, le suivant partout où il allait. Avant qu'il exprimât un désir, ce désir lui était accordé; on lui insinuait ce qu'il voulait demander; et ceux qui avaient une volonté faisaient obéir leur volonté à la sienne.