RICHARD.--Mais toi qui te meurs maintenant, tu prétends que tu me flattes?
GAUNT.--Oh! non, c'est toi qui te meurs, bien que je sois le plus malade.
RICHARD.--Moi, je suis en santé, je respire, et je te vois bien malade.
GAUNT.--Celui qui m'a fait sait combien je te vois malade, malade moi-même à cause de ce que je vois, et en te voyant malade; ton lit de mort est aussi vaste que ton pays où tu languis malade dans ta réputation. Et toi, malade trop insouciant, tu confies la guérison de ton corps oint du Seigneur aux médecins mêmes qui t'ont blessé. En dedans de cette couronne, dont le cercle n'est pas plus grand que ta tête, siége un millier de flatteurs qui, bien que renfermés dans cet étroit espace, étendent leurs dégâts jusqu'aux confins de ton pays. Oh! si ton grand-père eût pu voir d'un oeil prophétique, comment le fils de son fils ruinerait sa postérité, il aurait pris soin de placer ta honte hors de ta portée, en te déposant avant que tu entrasses en possession, puisque tu ne possèdes aujourd'hui que pour te déposer toi-même. Oui, mon neveu, quand tu serais le maître du monde entier, il serait encore honteux de donner ce pays à bail: mais lorsque ton univers se borne, à la possession de ce pays, n'est-il pas plus que honteux de le réduire à cette honte? Tu n'es à présent que l'intendant de l'Angleterre, et non pas son roi: tu as soumis ton esclave, ta puissance royale à la loi, et tu es.... [9]
Note 9:[ (retour) ] The state of law is bondslave to the law.
RICHARD.--Un imbécile lunatique à la tête faible qui te prévaux des priviléges de la maladie pour oser, chassant avec violence le sang royal de sa résidence naturelle, faire pâlir nos joues par ta morale glacée. Mais, j'en jure la majesté royale de mon trône, si tu n'étais pas le frère du fils du grand Édouard, ta langue, qui roule si grand train dans ta bouche, ferait rouler ta tête de dessus tes insolentes épaules.
GAUNT.--Fils de mon frère Édouard, oh! ne m'épargne pas parce que je suis le fils d'Édouard son père. Semblable au pélican, tu l'as déjà fait couler ce sang, tu l'as bu dans tes orgies. Mon frère Glocester, cette âme simple et de bonnes intentions (veuille le ciel l'admettre au nombre des âmes heureuses!), peut servir d'exemple et de témoignage pour démontrer que tu ne te fais pas scrupule de verser le sang d'Édouard. Ligue-toi avec mon mal actuel, et que ta cruauté, comme la faux de la vieillesse, moissonne d'un coup une fleur depuis trop longtemps flétrie. Vis dans ta honte, mais que ta honte ne meure pas avec toi, et que ces paroles fassent ton supplice dans l'avenir!--Reportez-moi dans mon lit, et de mon lit à la tombe. Qu'ils aiment la vie ceux qui y trouvent de la tendresse et de l'honneur!
(Il sort emporté par les gens de sa suite.)
RICHARD.--Et ceux-là font bien de mourir qui sont vieux et chagrins. Tu es tous les deux, et par là le tombeau te convient doublement.
YORK.--Je supplie Votre Majesté de n'imputer ses paroles qu'à l'humeur de la maladie et de la vieillesse. Il vous aime, sur ma vie, et vous tient pour aussi cher qu'Henri duc d'Hereford, s'il était ici.