NORTHUMBERLAND.--Eh bien, alors, j'ai reçu avis de Port-le-Blanc (une baie de la Bretagne) que Henri Hereford, Reynold, lord Cobham, le fils de Richard comte d'Arundel [14], échappé dernièrement de chez le duc d'Exeter son frère, ci-devant archevêque de Cantorbéry; sir Thomas Erpingham, sir John Ramston, sir John Norbery, sir Robert Waterton, et François Quoint, tous bien pourvus de munitions par le duc de Bretagne, font force de voiles vers l'Angleterre, montés sur huit gros vaisseaux avec trois mille hommes de guerre, et se proposent d'aborder sous peu sur nos côtes septentrionales; et peut-être y seraient-ils déjà, si ce n'est qu'ils attendent d'abord le départ du roi pour l'Irlande. Si donc nous voulons secouer le joug de la servitude, regarnir de plumes les ailes brisées de notre patrie languissante, racheter la couronne ternie à l'usurier qui la tient en gage, essuyer la poussière qui couvre l'or de notre sceptre, et rendre à la royauté sa majesté naturelle, venez avec moi en toute hâte à Ravensburg. Si vous faiblissez, retenus par la crainte, restez ici, gardez notre secret, et moi j'y cours.

Note 14:[ (retour) ] The son of Richard, earl of Arundel.

Ce vers, qui n'est point dans les anciennes éditions de Shakspeare, a été suppléé par ses commentateurs, attendu que ce comte d'Arundel, cité par Hollinshed dans la liste de ceux qui s'embarquèrent avec Bolingbroke, et que Shakspeare lui a d'ailleurs empruntée, est le seul à qui puisse s'appliquer le vers suivant:

That late broke from the duke of Exeter.

Thomas, comte d'Arundel, dont le père, Richard, avait été décapité à la Tour, avait été mis, à ce qu'il paraît, en quelque sorte sous la surveillance du duc d'Exeter, de chez lequel il s'échappa pour joindre Bolingbroke: seulement il était neveu, et non pas frère de Thomas Arundel, archevêque de Cantorbéry, privé de son siége par le pape à la demande du roi.

ROSS.--A cheval, à cheval! Propose tes doutes à ceux qui ont peur.

WILLOUGHBY.--Si mon cheval résiste, j'y serai le premier.

(Ils sortent.)

SCÈNE II

La scène est toujours en Angleterre.--Un appartement dans le palais.

Entrent LA REINE, BUSHY, BAGOT.

BUSHY.--Madame, Votre Majesté est beaucoup trop triste. Vous avez promis au roi, en le quittant, d'écarter cette mélancolie dangereuse et d'entretenir la sérénité dans votre âme.

LA REINE.--Je l'ai promis pour plaire au roi; mais si je veux me plaire à moi-même, cela m'est impossible. Cependant je ne me connais aucun sujet pour accueillir un hôte tel que le chagrin, si ce n'est d'avoir dit adieu à un hôte aussi cher que me l'est mon cher Richard: et pourtant il me semble que quelque malheur, encore à naître, mais prêt à sortir du sein de la fortune, s'avance en ce moment vers moi: le fond de mon âme tremble de rien, et elle s'afflige de quelque chose de plus que de l'éloignement du roi mon époux.